Oeuvrer pour la paix

Vol. XLVIII No. 2 2011

En l'honneur de Dag Hammarskjöld

Le 26 mai 2011, j'ai célébré mon soixante-dix neuvième anniversaire et il m'a semblé que deux semaines seulement s'étaient écoulées depuis mes seize ans.
Mais je ne pouvais nier que du temps s'était écoulé, mesuré par les quelque 11 000 dessins humoristiques politiques que j'ai produits quotidiennement pendant ses « deux semaines ».

En novembre 2008, l'ancien Président nigérian Olusegun Obasanjo, cherchant des moyens d'atténuer la crise qui sévissait dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a essuyé de nombreuses critiques après avoir appelé le Général congolais, Laurent Nkunda, « mon frère ». Laurent Nkunda était accusé de crimes de guerre par le Gouvernement congolais et faisait l'objet d'une enquête de la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye. Je dirigeais alors l'équipe des Grands lacs du Département des opérations de maintien de la paix à New York et supervisais la Mission de l'Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) et le Bureau intégré des Nations Unies au Burundi (BINUB). Laurent Nkunda occupait une grande partie de mes pensées.

La prévention des guerres et des violations massives des droits de l'homme et la reconstruction des sociétés sortant d'un conflit nécessitent une démarche qui tienne compte des perspectives à la fois des défenseurs des droits de l'homme et des spécialistes de la résolution des conflits, ce qui est plus facile à dire qu'à faire. Ces deux groupes envisagent des hypothèses différentes, appliquent des méthodes différentes et ont des contraintes institutionnelles différentes. Ils ont donc tendance à se méfier les uns des autres.

Plus d'une décennie s'est écoulée depuis que Nelson Mandela s'est adressé, en qualité de Président de la République d'Afrique du Sud, aux chefs d'États et de gouvernement de l'Organisation de l'Unité africaine d'alors (OUA). Dans sa déclaration, il s'est focalisé sur l'un des plus grands problèmes de notre époque depuis la guerre froide : des forces extérieures ont-elles le droit d'intervenir dans les affaires internes d'un État lorsque la population civile est victime de violations massives des droits de l'homme et que l'État n'est pas en mesure ou n'a pas la volonté de remplir sa responsabilité de protéger son propre peuple ? Même si son message a été transmis à Ouagadougou, il peut s'appliquer à l'ensemble de la communauté internationale.

« Il est allé à l'école. C'est pourquoi il est mort. S'il n'avait pas étudié autant d'années, il serait encore vivant, il m'aiderait et élèverait ses enfants », dit Eudochia Motco, sa mère. Elle a 83 ans et dans quatre heures son plus jeune fils, Filaret, va être enterré.

Le terrorisme n'a pas commencé le 11 septembre 2001, mais cette journée noire a changé la face du monde. Les attentats commis contre les États-Unis, qui ont fait près de 3 000 victimes innocentes, nous ont montré que le terrorisme était devenu un phénomène mondial qui pouvait causer d'immenses souffrances humaines et d'importants dégâts matériels. L'ampleur des attentats signifiait que personne ne pouvait plus se tenir sur la touche. La lutte était devenue mondiale car les conséquences du terrorisme se faisaient sentir partout.

En juin denier à Suai, une petite ville du Timor-Leste, j'ai organisé une journée porte ouverte avec la population locale pour marquer le dixième anniversaire de la Résolution 1325 du Conseil de sécurité sur les femmes, la paix et la sécurité. Cette résolution reconnaít les effets des conflits sur la vie des femmes et souligne leurs contributions souvent négligées à la résolution et à la prévention des conflits. Elle demande également à la communauté internationale de veiller à ce que les femmes participent pleinement à tous les aspects de notre travail en faveur de la paix et de la sécurité.

Les problèmes liés à l'interdépendance mondiale se manifestent de plus en plus. Aux États-Unis, le génie financier peut déterminer la croissance économique dans toutes les parties du monde; les émissions de dioxyde de carbone de la Chine peuvent affecter les rendements agricoles et les moyens d'existence aux Maldives, au Bangladesh, au Vietnam et dans d'autres pays; une épidémie au Vietnam ou au Mexique peut représenter une menace pour la vie publique aux États-Unis. Et une fuite nucléaire au Japon peut avoir une incidence sur la santé publique mondiale. Les difficultés inhérentes à la conception et à la mise en œuvre de solutions au problèmes mondiaux par les États-nations sont devenues de plus en plus apparentes.

Lorsque Dag Hammarskjöld a été nommé Secrétaire général des Nations Unies le 7 avril 1953, une guerre totale avait lieu dans la péninsule coréenne. L'Organisation était divisée entre l'Est et l'Ouest et l'Union soviétique boycottait le Conseil de sécurité devant le refus des Nations Unies de donner au régime chinois communiste un siège au Conseil. On pouvait facilement parier que l'ONU allait être plus efficace que son prédécesseur, la Société des Nations, à empêcher qu'une nouvelle guerre mondiale ne se déclare.

« Il est allé à l'école. C'est pourquoi il est mort. S'il n'avait pas étudié autant d'années, il serait encore vivant, il m'aiderait et élèverait ses enfants », dit Eudochia Motco, sa mère. Elle a 83 ans et dans quatre heures son plus jeune fils, Filaret, va être enterré.

La recherche de la paix a été une préoccupation constante tout au long de l'histoire, et compte tenu de la nature complexe du concept, les idées et les moyens pour la réaliser ont été aussi divers que possible. Certains ont simplement préconisé l'usage de la force; d'autres ont souligné l'efficacité de l'arbitration ou de l'adjudication internationale, d'autres encore ont estimé qu'il était utile de créer des organisations internationales, dotées si possible d'un système de sécurité collective; certains ont même pensé créer une organisation d'intégration régionale pour réduire la souveraineté des États; d'autres étaient convaincus qu'il fallait assurer la sécurité pour éradiquer la pauvreté abjecte et autres menaces quotidiennes. Aujourd'hui, certains affirment que l'impératif est de gagner la guerre contre le terrorisme transnational.