L'AUTONOMISATION DES FEMMES, Progrès ou recul?

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Vol. XLVII No. 1 2010

Juché sur une colline, le Club de golf de Pétionville surplombe Port-au-Prince et la mer. Ses parcours jadis bien soignés accueillent ces jours-ci près de 50 000 personnes, parmi les quelque 1,2 million qui ont été déplacées par le tremblement de terre et qui se retrouvent entassées dans des tentes ou des appentis en bâche fournis par l'ONU ou des organismes internationaux de secours.Lorsque je m'y suis rendu la semaine dernière, le soleil brillait. La vie continuait, semble-t-il : les enfants jouaient, les mères faisaient la lessive en plein air. Plusieurs personnes avaient établi des commerces et des marchés informels pour vendre de la nourriture, du charbon de bois, des fruits, des chaussures, du shampooing. Dans la lueur du soleil, on pourrait aisément y voir un signe d'espoir, la vie au milieu des ruines. Mais quand arrivera la pluie, le terrain juché sur une colline escarpée deviendra boueux, dangereux et source de maladie. Pour ceux qui sont coincés dans le camp, l'espoir semblera loin.

Il y a deux ans, j'ai demandé que des programmes de prévention et de traitement du paludisme soient mis à la disposition des populations exposées à ce fléau dans le monde entier d'ici à la fin de 2010. Cette Journée mondiale de lutte contre le paludisme nous donne bien des raisons de nous réjouir. En un laps de temps très court, nous sommes passés d'une situation où l'on s'efforçait simplement d'enrayer la progression de la maladie à l'objectif réaliste qui consiste à prodiguer des soins efficaces et abordables à tous ceux qui en ont besoin. Par ailleurs, la communauté des scientifiques a élaboré un programme de recherche afin de mettre au point les outils et les stratégies qui permettront d'éliminer définitivement ce spectre.

Le Liberia montre la façon de traiter la violence fondée sur le sexe en créant des tribunaux spéciaux et des lois pour juger les auteurs de viol et en favorisant l'autonomisation des femmes et des filles.

Au XVIIIe siècle, le philosophe anglo-irlandais George Berkeley résumait sa théorie de l'« immatérialisme » par la formule suivante : « être, c'est être perçu ».On peut supposer que la problématique hommes-femmes n'était pas un sujet de préoccupation pour notre évêque, mais son épiphanie philosophique décrit très bien la situation des femmes dans le monde lorsqu'il s'agit de la couverture médiatique : soit on ne parle pas d'elles, et elles ne sont pas perçues puisqu'elles sont invisibles, soit elles sont incluses à l'intérieur de paramètres étroits qui empêchent de voir pleinement leur contribution à la société. Cet état de fait varie d'un pays à l'autre mais, en général, les femmes et les filles s'expriment rarement dans les médias pour parler de leurs expériences ou sont rarement consultées sur un sujet donné comme sources faisant autorité. Ou, lorsqu'elles le sont, elles sont confinées dans des rôles stéréotypés.

Ceux d'entre nous qui sommes concernés par la violence à l'égard des femmes et des filles réfugiées seront d'accord sur deux points : le premier c'est l'ampleur du problème et le deuxième c'est que, malgré les nombreux efforts menés pour traiter cette question au cours des trois dernières décennies, l'efficacité des interventions reste à établir.

Allan Markman, le directeur artistique, est concepteur au Département de l'information des Nations Unies et Conor Hughes, l'auteur de la bande dessinée, est dessinateur-concepteur au Département de l'Assemblée générale et de la gestion des conférences des Nations Unies. Il a obtenu un diplôme en bandes dessinées à la School of Visual Arts de New York.

Il y a cinquante ans, l'abomination de l'esclavage semblait appartenir au passé. Mais l'histoire ne cesse de se répéter. Aujourd'hui, nous constatons que l'esclavage est, une fois de plus, une réalité. En ce moment, dans le monde entier, des hommes, des femmes et des enfants sont victimes de la traite et exploités : 2,4 millions ont été victimes de la traite à des fins d'assujettissement au travail forcé dans le monde entier, dont 600 000 à 800 000 font l'objet chaque année de trafics transfrontaliers, et 12 000 enfants travaillent comme esclaves dans des plantations de cacao en Afrique de l'Ouest.

Si les femmes ont réalisé des progrès remarquables dans de nombreuses professions, la politique est un domaine duquel elles sont largement exclues. Partout dans le monde, elles se font remarquées par leur absence aux postes de décision du gouvernement. Lors de la Première Conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes, qui a eu lieu au Mexique en 1975, il a été rappelé à la communauté internationale que la discrimination envers les femmes demeurait un problème persistant dans de nombreux pays; il a été demandé aux gouvernements d'élaborer des stratégies pour promouvoir la parité, mais leur participation politique n'a pas été une priorité. Depuis, si une plus grande attention a été accordée à leur représentation et à leur incidence sur les structures décisionnelles, cela n'a pas donné de résultats immédiats. Par exemple, en 1975, les femmes représentaient 10,9 % des parlementaires dans le monde; dix ans plus tard, leur participation n'avait atteint que 11,9 %, soit un seul pour cent.

L'histoire de la défense des droits des femmes dans le monde depuis 1945 commence seulement à s'écrire. Pour bien comprendre les épisodes et les changements qui ont marqué la défense des droits des femmes, il faut revenir à l'époque de la Société des Nations à laquelle ont succédé les Nations Unies. Il faut aussi examiner de manière plus approfondie le rôle important dans la promotion des droits des femmes sur la scène internationale de ce qu'on appelle souvent aujourd'hui « les organisations féminines traditionnelles », au moins avant 1975.

Il ne fait aucun doute que l'éducation des filles est une condition préalable de l'éradication de la pauvreté. L'éducation donne aux femmes des outils et des connaissances et les transforme. Elle leur permet de briser le cycle « traditionnel » de l'exclusion qui les confine au foyer et les met à l'écart de la prise de décision. L'éducation, en particulier, l'enseignement supérieur, peut préparer les femmes à assumer leur rôle dans le gouvernement, les entreprises et la société civile. Les femmes leaders sont idéales : de nombreuses études ont montré qu'elles tendent à allouer les ressources de manière plus judicieuse que les hommes. Par exemple, elles consacrent une plus grande partie de leurs revenus à la nourriture et à l'éducation de leurs enfants. Le renforcement du rôle économique et politique des femmes a donc des répercussions positives directes sur la génération suivante. Pour offrir aux femmes des études supérieures de qualité, il faut investir à long terme dans leur avenir et dans celui de leurs enfants.

Rares sont les gens que leur travail conduit, comme moi, à rencontrer en l'espace de quelques heures un président de la République et une mère sans logis. Et tous les deux, la mère et le Président m'ont dit la même chose.Trois mois après le tremblement de terre qui a dévasté Haïti, le Président René Préval m'a accueilli dans son bureau de Port-au-Prince; installé dans un modeste bâtiment du jardin à l'arrière du palais présidentiel en ruine. D'entrée de jeu, il m'a déclaré que l'éducation devait être la clef de voûte de l'œuvre internationale de relèvement d'Haïti. Sans éducation, pas d'avenir.

Appelons-la Magda. Le nom est inventé, mais l'histoire est vraie. Elle est née au Lesotho il y a 35 ans. Sa vie illustre le fléau que subissent les femmes en termes de violences physiques, sexuelles et psychologiques.

Les périodes de crise économique ont toujours un effet déstabilisateur et, par là même, une issue incertaine. À ce stade, nous faisons face à un grand danger et à une grande opportunité : le danger est que les efforts de « relance » risquent de favoriser ceux qui sont en position de force, renforçant les inégalités existantes entre et dans les pays. Si c'est le cas, les disparités existantes se creuseront, ce qui engendrera une exclusion sociale qui aura de graves répercussions sociales, économiques et politiques. L'opportunité vient du fait qu'un leadership et des mesures politiques audacieuses peuvent réduire les inégalités entre les pays et entre les sexes. C'est dans ce contexte que je débattrai de la protection sociale des femmes.

J'ai une chance inouïe de voyager. Ces expériences ont été uniques et enrichissantes. Mais jamais un voyage n'aura été aussi éprouvant que celui que j'ai fait en République démocratique du Congo (RDC) en 2009. Ce pays, qui est entouré de neuf pays différents, abrite plus de 200 groupes ethniques, représentant littéralement le cœur de l'Afrique. L'état d'urgence y a été décrété. Les différentes milices et les politiques complexes jouent un rôle dans la dévastation de la terre et de la population, mais personne ne souffre plus que les femmes et les jeunes filles. Des centaines de milliers de femmes ont été battues, torturées et violées - des atrocités au-delà de tout ce que j'aurais pu imaginer.

Une dynamique se crée pour éliminer la violation la plus courante mais la moins reconnue des droits fondamentaux - les actes de violence dont sont victimes les femmes. Les études montrent que 70% des femmes subissent des violences physiques ou sexuelles durant leur vie. Partout, les communautés, la société et les gouvernements se mobilisent pour mettre fin aux pratiques qui nuisent à la santé, à la dignité, à la sécurité et à l'autonomie des femmes et qui ont un impact négatif sur l'ensemble de la société. Le système des Nations Unies s'emploie à soutenir les partenaires dans cet effort.

Je n'oublierai jamais le moment où le séisme a frappé Dodoma, dans mon pays natal la Tanzanie, en 2002, lorsque j'étais membre du Parlement. N'ayant aucune idée de ce qu'il fallait faire dans ces cas-là, je suis sortie instinctivement en courant. Si j'ai eu de la chance que les secousses aient causé peu de dégâts, j'ai compris combien nous étions fragiles. Le séisme qui a dévasté Haïti a ravivé ces souvenirs avec force et mes pensées sont allées vers mes collègues ainsi que vers le peuple haïtien qui ont été profondément touchés.

À la fin de septembre 2009, deux événements diamétralement opposés ont coïncidé : le 30 septembre, la Secrétaire d'État des États-Unis Hillary Clinton a introduit la résolution 1888 au Conseil de sécurité des Nations Unies qui, comme la résolution 1820, adoptée l'année dernière, condamne la violence sexuelle en période de conflit et vise à doter l'ONU de mesures pour prévenir ces actes de violence et combattre l'impunité.

Lorsque la maison s'est mise à trembler autour d'elle, Dessica, 10 ans, est sortie en courant et s'est réfugiée dans un terrain vague derrière la petite rue où elle habite. « Tu étais toute seule ? », ai-je demandé. « Oui », a-t-elle répondu. « Tu n'as pas attendu ta maman ni tes frères et sœurs ? » « Non, je me suis simplement mise à courir. »