Les technologies spatiales et la mise en œuvre du Programme 2030

Successful deployment of 1KUNS-PF (Kenyan Satellite, selected as the first round of KiboCUBE) from the ISS Kibo Module, May 2018. ©JAXA

Le déploiement réussi du satellite kényan 1KUNS-PF, sélectionné pour la première phase de kiboCUBE à partir du module expérimental Kibo de l’ISS en mai 2018. ©JAXA

L’année dernière, qui a marqué le soixantième anniversaire du premier satellite artificiel en orbite, un nombre record d’objets spatiaux ont été enregistrés auprès des Nations Unies, reflétant l’intérêt croissant manifesté par tous les types d’acteurs à jouer un plus grand rôle dans le domaine de l’exploration spatiale et de l’innovation. Le Bureau des affaires spatiales des Nations Unies (UNOOSA), créé en 1958, collabore avec les gouvernements et la communauté spatiale plus large et aborde les aspects politiques, juridiques et techniques des activités spatiales mondiales ainsi que le renforcement des capacités. Il mène aussi des débats afin de traiter au mieux la question de l’encombrement de l’espace tout en offrant de nombreux avantages à l’humanité. 

L’ESPACE POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE

L’exploitation de l’espace est bénéfique dans de nombreux domaines, comme la surveillance du climat et de la météorologie, l’accès aux soins de santé et à l’éducation, la gestion de l’eau, l’efficacité dans les transports et l’agriculture, le maintien de la paix, la sécurité et l’aide humanitaire. La liste des applications spatiales ayant une incidence sur la vie sur Terre est pratiquement illimitée et de nombreuses autres contributions sont actuellement en cours de développement ou font l’objet de recherches.

Avec l’adoption en 2015 des trois grands cadres internationaux – le Programme de développement durable à l’horizon 2030, le Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe 2015-2030 et l’Accord de Paris sur les changements climatiques – la communauté internationale s’est engagée à faire face aux plus grands défis de notre temps. Les technologies spatiales jouent un rôle de plus en plus important dans la réalisation de ces objectifs.

Pour évaluer l’impact des technologies spatiales sur les objectifs de développement durable (ODD), l’UNOOSA s’est associé à l’Agence européenne du système mondial de navigation par satellite dans une étude menée en 2018, démontrant que 65 des 169 cibles des ODD bénéficiaient directement de l’utilisation des systèmes d’observation de la Terre et des systèmes de navigation par satellite1. L’intégration des satellites de télécommunications, qui n’était pas traitée dans l’étude, augmentait considérablement le nombre de cibles directement concernées. 

Avec l’adoption des ODD, le Bureau a obtenu un cadre supplémentaire et par nos activités et nos initiatives, nous nous efforçons de promouvoir et de faciliter l’utilisation de l’espace aux fins de la réalisation des 17 objectifs. Nous utilisons une approche transversale pour que l’utilisation des sciences et des technologies spatiales contribue à la mise en œuvre des ODD. 

Dans le cadre du projet « L’espace pour les femmes », nous abordons l’une des questions les plus importantes pour donner aux femmes et aux filles la possibilité et les moyens de jouer un rôle plus important dans les secteurs des sciences spatiales, des technologies, de l’innovation et de l’exploration. Dans le contexte de l’ODD 11 consacré aux villes et aux communautés durables, le Bureau maintient le Programme des Nations Unies pour l’exploitation de l’information d'origine spatiale aux fins de la gestion des catastrophes et des interventions d’urgence (UN-SPIDER) qui vise à améliorer l’utilisation des techniques spatiales dans la réduction des risques de catastrophe et les interventions d’urgence afin de sauver des vies et prévenir la perte de biens. L’utilisation de l’espace extra-atmosphérique est non seulement une approche prometteuse pour l’humanité, mais contribue aussi à améliorer la vie terrestre (ODD 15) pour tous les êtres vivants en assurant la surveillance des écosystèmes, la protection de la faune et l’observation de la déforestation et de la désertification afin de préserver les habitats naturels et d’arrêter la perte de la biodiversité.

L’ESPACE POUR TOUS

Étant donné les possibilités offertes par les applications spatiales, tous les pays devraient être aidés à tirer parti des avantages qu’offrent les technologies spatiales qui facilitent le développement durable. Alors qu’un plus grand nombre de pays investissent des capitaux financiers et politiques dans l’environnement spatial et que le monde est de plus en plus dépendant de l’espace, l’UNOOSA s’est engagé à faire en sorte que le monde entier en bénéficie. 

Afin d’aider les pays à accéder aux avantages offerts par les technologies et les applications spatiales, l’UNOOSA a lancé en 2010 l’Initiative sur les retombées bénéfiques des technologies spatiales pour l’humanité (HSTI) avec la participation d’un plus grand nombre de pays dans des projets de vols habités et d’autres activités liées à l’exploration spatiale. Cette initiative fournit une plate-forme d’échange d’information, favorisant la collaboration entre les puissances spatiales et non spatiales et encourageant les pays émergents et en développement à participer à la recherche spatiale et à bénéficier des applications spatiales. Elle fait partie de l’action menée pour fournir l’accès à l’éducation, aux données, aux technologies et à la recherche spatiales et garantir l’accès de tous à l’espace2

En coordination avec les activités menées à l’échelle des Nations Unies, comme la Stratégie du Secrétaire général en matière de nouvelles technologies, l’UNOSSA identifie le meilleur moyen de tirer profit des avancées technologiques pour mener à bien les mandats confiés à l’ensemble de l’Organisation.

L’UNOOSA collabore aussi directement avec les États Membres en ce qui concerne les questions liées à l’accès à l’espace. En 2015, dans le cadre de l’HSTI, nous avons mis en place un programme sans précédent de coopération avec l’Agence japonaise d’exploration aérospatiale (JAXA) appelé KiboCUBE. Ce programme permet aux institutions éducatives et de recherche des pays en développement d’utiliser le module Kibo pour déployer des petits satellites ayant la forme d’un cube à partir de la station spatiale internationale. Ces « CubeSats » sont conçus, mis au point, construits, essayés et exploités par l’institution sélectionnée. En mai 2018, JAXA, l’UNOOSA et l’Agence spatiale kényane ont battu les records de coopération internationale dans l’espace en réalisant le déploiement du premier satellite kényan ainsi que le lancement du premier satellite sous l’égide des Nations Unies. 

Les partenariats créés dans le cadre de l’HSTI, comme KiboCUBE, utilisent une approche triangulaire au renforcement des capacités spatiales, l’UNOOSA rassemblant les nations spatiales pour aider les nations non spatiales à développer leurs propres capacités. À cet égard, le Bureau a joué un rôle vital en acheminant les ressources appropriées fournies par les pays ayant des capacités spatiales vers les institutions des pays en développement qui, autrement, auraient eu des possibilités limitées, voire inexistantes, d’effectuer des recherches scientifiques dans le domaine spatial. 

LA (R)ÉVOLUTION DANS LE SECTEUR SPATIAL

L’arrivée de nouveaux acteurs dans le secteur ainsi que les nouvelles technologies qui ont une incidence sur les efforts que nous déployons ont donné lieu à de nombreux changements et défis dans la façon dont les activités spatiales étaient traditionnellement menées. Au début de l’ère spatiale, lorsque Spoutnik 1 a été lancé en 1957, seules deux puissances spatiales existaient. De nos jours, plus de 70 agences spatiales nationales et régionales s’emploient à développer nos connaissances de l’espace et à appliquer les sciences et les technologies spatiales pour améliorer la vie des populations dans le monde entier. Des milliers d’autres acteurs se sont aussi joints à la communauté internationale, un secteur spatial privé étant bien établi. 

Le nombre croissant d’acteurs a une incidence sur la nature même des activités spatiales, ce qui est clairement confirmé par les récentes statistiques et les derniers événements marquants. Alors que l’UNOOSA assume les responsabilités du Secrétaire général des Nations Unies qui lui incombent en vertu du droit international de l’espace adopté sous l’égide de l’Organisation, nous maintenons le Registre des objets lancés dans l’espace extra-atmosphérique. L’année dernière, sur 553 objets enregistrés auprès de l’UNOOSA (un nombre record), 489 étaient des satellites3. Avec l’accroissement de la capacité à mettre en orbite plusieurs satellites en un seul lancement, le nombre de ces objets a presque doublé le précédent record établi à 2424 en 2014. Aujourd’hui, plus de 1 800 objets opérationnels sont mis en orbite5, dont beaucoup fournissent des services ainsi que des données contribuant au développement durable dans le monde.

Une autre évolution de la manière dont ces objets sont déployés consiste à lancer de nombreux satellites pour former une « constellation ». En 2017, l’Organisation indienne de recherche spatiale (ISRO), utilisant l’une de ses fusées les plus fiables, a battu un record en lançant à partir du centre spatial Satish Dhawan 104 satellites en une seule fois6; 88 d’entre eux ont formé une constellation qui sera utilisée pour photographier la Terre à un coût réduit7. Ces développements montrent la manière dont les technologies spatiales évoluent et comment la gouvernance de l’environnement spatial est de plus en plus complexe.  

Les parties prenantes étant de plus en plus nombreuses à accéder à l’espace, la valeur estimée du marché du secteur spatial a atteint un record de 383,5 milliards de dollars8 en 2017, les activités spatiales commerciales représentant plus de 75 % de cette valeur. Ces statistiques montrent dans quelle mesure les entités privées sont devenues des acteurs importants dans ce domaine. Selon les prévisions, à l'avenir, la valeur du secteur devrait augmenter de façon exponentielle et représenter entre 1 100 et 2 700 milliards de dollars au cours des 30 prochaines années9. La croissance rapide de cette industrie fait de l’espace un secteur encore plus attrayant tout en créant des défis politiques, juridiques, scientifiques et technologiques supplémentaires.  

DÉBATTRE DES NOUVELLES RÉALITES DANS L’ESPACE

Depuis le début de l’ère spatiale, la coopération internationale a été essentielle pour assurer une utilisation sûre et durable de l’espace. La gouvernance de l’espace, qui a été décrite comme le bien commun de l’humanité le plus étendu, est devenue de plus en plus complexe en raison du nombre croissant d’acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux et de l’apparition de nouvelles technologies et approches, comme les partenariats public-privé et les initiatives de financement privé. 

Depuis le tout début des activités spatiales, à la fin des années 1950, les Nations Unies, par le biais du Comité des utilisations pacifiques de l’espace extra-atmosphérique (COPUOS), ont servi de tribune aux débats concernant les activités dans l’espace extra-atmosphérique, les initiatives nationales, le droit international de l’espace et les défis dans la conduite des activités spatiales. En tant que facilitateur mondial dans ces débats et alors qu’il assume les fonctions de secrétariat du COPUOS, l’ONUSSA joue un rôle majeur en ce qui concerne l’appui du processus intergouvernemental d’élaboration des politiques. Par le biais du COPUOS, le Bureau soutient les débats politiques concernant les questions émergentes dans les affaires spatiales, notamment l’extraction des ressources spatiales, la gestion du trafic spatial et la gouvernance des méga-constellations de petits satellites. Il est donc impératif que les Nations Unies continuent d’associer les parties prenantes afin de soutenir et d’encourager le dialogue entre les gouvernements, l’industrie, le secteur privé, le milieu universitaire et la société civile en vue de relever les défis et de faire face aux changements qui ont lieu dans l’environnement spatial.

Les objectifs mondiaux sont conçus pour répondre ensemble aux défis mondiaux. Les technologies spatiales peuvent, et pourront, être utilisées pour appuyer ces initiatives. Mais si les récents développements dans l’espace extra-atmosphérique renforcent nos efforts visant à réaliser un monde durable, l’espace demeure une ressource limitée. Nous devons construire une vision commune pour le protéger. Compte tenu du nombre croissant d’acteurs, y compris de plus en plus d’États et d’entités privées sur la scène spatiale, le monde se trouve aujourd’hui à la même croisée des chemins qu’en 1957, peu après le lancement de Spoutnik.

De l’appui aux efforts mondiaux à l’utilisation des technologies spatiales, en passant par le développement durable et le maintien du cadre normatif régissant les activités spatiales, les Nations Unies ont une longue tradition de coopération internationale dans l’espace extra-atmosphérique. L’UNOOSA est fier de représenter cet héritage alors que nous poursuivons notre travail afin de faire profiter le monde entier des bienfaits liés à l’exploration spatiale.   ϖ

L’auteur remercie vivement Ian Freeman, Markus Woltran et Martin Stasko (faisant tous partie de l’UNOOSA) pour leur contribution à la préparation de cet article.

Notes

  1. Bureau des affaires spatiales des Nations Unies, European Global Navigation Satellite System and Copernicus: Supporting the Sustainable Development Goals, ST/SPACE/71 (Vienne, Nations Unies, janvier 2018), p. 2. Disponible sur le site http://www.unoosa.org/res/oosadoc/data/documents/2018/stspace/stspace71_....
  2. Ayami Kojima, Daniel Garcia Yárnoz et Simonetta Di Pippo, « Access to space: A new approach by the United Nations Office for Outer Space Affairs », Acta Astronautica, vol. 152, (novembre 2018), p.p. 201-207. Disponible sur le site https://doi.org/10.1016/j.actaastro.2018.07.041.
  3. Bureau des affaires spatiales des Nations Unies, Rapport annuel 2017, ST/SPACE/72 (Vienne, Nations Unies, 2018), p. p. 6-7. Disponible sur le site https://goo.gl/pbH6LS
  4. Bureau des affaires spatiales des Nations Unies, « Online Index of Objects Launched into Outer Space » (8 novembre 2018). Disponible sur le site http://www.unoosa.org/oosa/osoindex/search-ng.jspx?lf_id.
  5. Union of Concerned Scientists, « In-depth details on the 1,886 satellites currently orbiting Earth », UCS Satellite Database. Disponible sur le site https://goo.gl/pNrVsh (consulté le 17 octobre 2018).
  6. Inde, Département de l’espace, Organization indienne de recherche spatiale (ISRO), « PSLV-C37 successfully launches 104 satellites in a single flight » (15 février 2017). Disponible sur le site https://goo.gl/vpNEX3.
  7. Robbie Schingler, « Planet launches satellite constellation to image the whole planet daily », Planet Inc., 14 février 2017. Disponible sur le site https://goo.gl/vMZNfS.
  8. Space Foundation, « Space Foundation Report reveals global space economy at $383.5 billion in 2017 », 19 juillet 2018. Disponible sur le site https://goo.gl/R5sVKb.
  9. Michael Sheetz, « The space industry will be worth nearly $3 trillion in 30 years, Bank of America predict », CNBC, 31 octobre 2017. Disponible sur le site https://goo.gl/eRPKRs