Les pertes économiques et les déplacements devraient inciter à accélérer les efforts de réduction des risques de catastrophe

Mami Mizutori, Représentante spéciale du Secrétaire général pour la réduction des risques de catastrophe s’adresse à la presse lors de l’ouverture de la Conférence ministérielle asiatique sur la réduction des risques de catastrophes. Ulaanbaatar, en Mongolie. 3-6 juin 2018. ©UNISDR

Cela fait à peine plus de trois ans que les États Membres des Nations Unies ont adopté le Cadre d’action de Sendai pour la réduction des catastrophes 2015-2030, le plan mondial essentiel à la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030. Principalement centré sur la prévention, il vise à identifier les risques et à les prévenir avant qu’ils ne déclenchent des événements entraînant la perte en vies humaines, la destruction de foyers et de moyens de subsistance et endommagent des établissements de santé, des écoles, des services publiques et des biens communaux importants.

La réduction des risques de catastrophe est une question intersectorielle pour tous les objectifs de développement durable (ODD), en particulier l’ODD 1 relatif à l’éradication de la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde. Les catastrophes contribuent considérablement à aggraver la pauvreté dans les pays à revenu faible et intermédiaire qui tentent de se reconstruire après la survenue de phénomènes météorologiques extrêmes amplifiés par le changement climatique. Elles peuvent anéantir les progrès durement acquis en matière de développement.

Selon la Banque mondiale, les catastrophes coûtent à l’économie mondiale 520 milliards de dollars par an et font basculer 26 millions de personnes dans la pauvreté.

Depuis l’adoption du Cadre d’action de Sendai, quelque 60 millions de personnes ont été déplacées à cause de catastrophes dans plus de 100 pays, principalement à cause d’inondations, de tempêtes et de sécheresses. Ces phénomènes ont souvent lieu dans des environnements exposés à des risques naturels et causés par l’homme ainsi qu’à la pauvreté et dépourvus d’écosystèmes protecteurs et de capacités institutionnelles pour s’y préparer et y répondre. La croissance démographique, le développement économique, l’urbanisation rapide qui, souvent, ne prend pas en compte ces risques, aggravent encore plus la situation des populations vivant dans les zones sismiques, les zones inondables, les terres arides, et d’autres zones à haut risque, augmentant la possibilité qu’un risque naturel devienne une catastrophe humanitaire. Les personnes sont davantage touchées par les phénomènes météorologiques extrêmes que par tout autre type de risque naturel, que ce soit les inondations, les tempêtes ou les sécheresses, qui sont responsables de 95 % des catastrophes survenant dans les zones touchées. 

Si les systèmes d’alerte et l’évacuation rapides des populations ont permis de réduire les pertes en vies humaines, les pertes économiques continuent de croître, empêchant nombre de pays de passer du statut de pays les moins avancés (PMA) à celui de pays en développement à revenu intermédiaire.

Ceux qui souffrent le plus des pertes économiques sont les petits États insulaires en développement. Le Vanuatu, qui a été dévasté par le cyclone Pam en 2015 au moment où le Cadre d’action de Sendai était adopté, ne pourra pas changer de statut avant 2020 à cause de l’impact négatif du cyclone sur son économie. Il est donc impératif que la réduction des risques de catastrophe soit inscrite dans l’ADN de la gouvernance d’un pays si nous voulons qu’elle contribue à long terme au développement durable.

Cela nécessite une vision claire, des projets, des compétences, des conseils ainsi qu’une coordination au sein des secteurs et entre eux. Cela demande aussi l’inclusion et la participation des principaux segments de la société afin que leurs observations et leur expérience en matière de catastrophes soient prises en compte dans la gestion des risques, car ces groupes, lorsqu’ils sont exclus, deviennent vulnérables. Ils comprennent les femmes et les filles, les enfants, les personnes âgées, les personnes handicapées et les populations autochtones.

Cette année, la gouvernance est l’un des principaux domaines d’activités du Bureau des Nations Unies pour la prévention des catastrophes (UNISDR). La mise en place de 38 indicateurs pour mesurer les progrès en matière de réduction des pertes résultant des catastrophes et les sept cibles du Cadre d’action de Sendai ont permis d’intensifier les efforts afin d’enregistrer les pertes liées aux catastrophes et de fournir une analyse des tendances suite au lancement du Cadre d’action de Sendai en mars 2018. Les États Membres ont rapidement signé l’accord afin de pouvoir utiliser le dispositif mis en place pour signaler ces pertes comme la mortalité, le nombre de victimes, les pertes économiques et les dommages aux infrastructures essentielles.

En même temps, toutes les régions se réunissent cette année pour évaluer leurs progrès concernant la mise en œuvre du Cadre d’action de Sendai et, en particulier, pour s’assurer que les pays sont de plus en plus nombreux à adopter des stratégies nationales et locales en matière de réduction des risques de catastrophe avant 2020, une date butoir du Cadre d’action de Sendai. C’est aussi une date butoir importante des ODD, compte tenu du recoupement avec l’éradication de la pauvreté et, en particulier, avec la réalisation de l’ODD 11 « Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables » et celle de l’ODD 13 « Prendre d’urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions ».

Si elles intègrent les initiatives pour résister au changement climatique et prévenir les effets causés par la hausse de la température de la Terre et de la mer, l’augmentation du niveau de la mer et la variabilité climatique, ces stratégies nationales et locales seront une preuve de la cohérence du Programme 2030. Les phénomènes survenus ces derniers mois dans la Corne de l’Afrique illustrent l’ampleur du défi pour les pays qui contribuent le moins aux émissions de gaz à effet de serre, mais qui, pourtant, subissent le plus les conséquences du changement climatique.

Pendant deux longues années de sécheresse, les communautés pastorales en Éthiopie, au Kenya et en Somalie ont eu du mal à garder leur bétail en vie et à nourrir leur famille. Lorsque les pluies sont finalement arrivées en avril 2008, loin d’apporter un soulagement, elles ont aggravé la situation. Les trois pays ont été dévastés par les pires inondations en 20 ans, provoquant le déplacement de plus de 700 000 personnes. Pour aggraver la situation, le cyclone Sagar a frappé la Somalie en mai 2018, faisant au moins 16 morts et déplaçant des milliers de personnes dans une zone en proie à un conflit. La variété, l’imprévisibilité et l’intensité de ces phénomènes soulignent l’importance de renforcer la gouvernance des risques de catastrophe en matière de prévention, d’atténuation, de préparation, de réponse et de relèvement.

Les derniers chiffres communiqués par l’Observatoire des situations de déplacement interne montrent l’étendue du problème. L’année dernière, 18 millions de personnes ont été déplacées à cause de catastrophes climatiques. Les inondations ont été responsables de 8,6 millions de déplacements, les tempêtes de 7,5 millions et la sécheresse de 1,5 million. La réduction des déplacements causés par des phénomènes météorologiques extrêmes est un défi universel. Dû en partie à une saison des ouragans très puissante dans l’Atlantique en 2017, le nombre de personnes déplacées aux États-Unis a surpassé celui des personnes déplacées au Bangladesh, en Inde ou en Somalie.

L’UNIDSR espère que lorsque la communauté mondiale se réunira à Genève en mai prochain, lors de la Plate-forme mondiale pour la réduction des risques de catastrophe, nous serons en mesure de présenter un tableau plus complet des effets causés par les catastrophes, en particulier sur les pays qui sont les plus touchés. L’ampleur des pertes économiques enregistrées l’année dernière et le nombre croissant de personnes déplacées dans leur pays à cause des catastrophes devraient être une incitation supplémentaire à accélérer la mise en œuvre du Cadre d’action de Sendai et de s’assurer que ces efforts prennent en compte les besoins de ces groupes et de ces communautés qui sont les plus exposés.