Les jeunes et la gestion intégrée des ressources en eau

Asma Bachikh (première à droite) et des jeunes participent au Forum de la jeunesse au Siège des Nations Unies, à New York. 30-31 janvier 2018.   ©OBJECTIFS MONDIAUX DE L’ONU

 

En septembre 2015, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution « Transformer notre monde : le Programme de développement durable à l’horizon 20301 ». Ce nouveau programme préconise l’engagement de l’ensemble de la société et la création d’un partenariat mondial comme principal moteur de la transformation. Il s’agit d’un plan d’action général qui unit les acteurs étatiques et non étatiques afin de donner à tous les grands groupes de la société les mêmes opportunités et le même espace. Si les jeunes sont considérés comme un groupe vulnérable qui nécessite une attention particulière (paragr. 23), ils sont aussi des acteurs importants qui devraient bénéficier d’une éducation et pouvoir réaliser leur plein potentiel (paragr. 25; ODD 4, cibles 4.4 et 4.6). Une attention particulière est accordée à la promotion de l’emploi des jeunes afin d’assurer une croissance inclusive et durable (paragr. 27; ODD 8, cibles 8.6 et 8b) et de développer leurs capacités pour contribuer efficacement à la planification et à la gestion du changement climatique (ODD 13, cible 13.b).

Les jeunes sont en mesure d’être des agents du changement efficaces. Mais tant qu’ils ne disposeront pas d’un environnement propice à leur épanouissement, ce ne seront que de belles paroles. Dans de nombreux domaines du développement, ils ont des difficultés à se faire reconnaître comme partenaires à part entière. Les engager dans le secteur de l’eau est particulièrement difficile en raison de sa nature complexe.

Les jeunes qui participent aux activités de la communauté internationale des spécialistes de l’eau sont issus de divers réseaux de la société civile. Bien qu’ils réalisent de nombreuses initiatives dans le monde, leur engagement structuré et significatif est généralement entravé par diverses raisons, comme un manque de soutien généralisé ou l’absence de plates-formes appropriées qui soutiennent leur participation.

Au cours des dernières années, ils ont été ciblés par de nombreuses organisations internationales importantes du secteur de l’eau. En effet, leur engagement est devenu une tendance à la mode. La plupart des organisations ont élaboré des stratégies mettant en avant une image de la jeunesse participative et engagée. Cependant, ces bonnes intentions reflètent rarement la réalité sur le terrain. En pratique, cela se résume simplement à inviter des représentants des jeunes à participer aux événements. De plus, de nombreuses initiatives menées par les institutions chargées de la gestion de l’eau pour faire participer les jeunes sont ponctuelles et manquent de cohérence.

À ce jour, le potentiel de la jeunesse n’a été que partiellement réalisé. Les connaissances et les données concernant la manière de promouvoir efficacement la participation des parties prenantes, y compris celle des jeunes, sont généralement insuffisantes. Alors que l’engagement des parties prenantes est prioritaire pour la plupart des organisations, l’analyse des facteurs permettant leur engagement significatif ne figure généralement pas parmi les priorités de l’ordre du jour. Les programmes visant à renforcer leur capacité de participation sont généralement insuffisants.

Comparé à l’engagement des autres groupes de parties prenantes de la société civile, celui des jeunes constitue un facteur de complication supplémentaire. Alors qu’ils prennent l’initiative de susciter le changement dans leur communauté en menant des actions bénévoles, cette démarche est souvent temporaire. Au début, la plupart d’entre eux sont étudiants et à la fin de leurs études, leur centre d’intérêt est porté sur la recherche d’un emploi et sur leur carrière. S’ils poursuivent leur action bénévole, elle est menée dans d’autres segments de la société civile, comme les universités, les organisations non gouvernementales ou les associations qui s’intéressent aux questions liées aux femmes et aux populations autochtones. Il est donc impératif d’abandonner la logique du volontariat et de reconnaître la nécessité de promouvoir les efforts et les ressources pour encourager et soutenir leur engagement continu.

La participation des parties prenantes est au cœur d’une gestion de l’eau et de l’assainissement efficace. Dans un nombre important de pays – 83 % des 94 pays ayant fait l’objet d’une étude en 2013-2014 –, elle est incluse dans les politiques et/ou dans les lois2. Investir dans un environnement propice au volontariat des jeunes dans le secteur de l’eau est donc une condition préalable à la réussite de leur engagement et permettra de réaliser l’ODD 6.

Leur donner les moyens de s’engager et de s’intégrer dans différents processus politiques et définir les mécanismes pour y parvenir est essentiel pour que leur voix puisse se faire entendre et que leurs besoins soient pris en compte. De nombreuses expériences montrent que leur engagement commence dans les réseaux. En juin 2017, au Kirghizistan, j’ai participé au lancement du Youth Water Forum en Asie centrale, un réseau de jeunes professionnels dans le domaine de l’eau qui a été créé pour soutenir et renforcer leur participation dans le secteur régional de l'eau. Sa création résulte d’un processus de coordination de deux ans mené par les jeunes de la région et soutenu par le programme Gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) de la German-Kazakh University. Cet exemple montre que même dans les régions du monde les plus complexes sur le plan politique, les jeunes veulent changer les choses et contribuer à une gestion durable des ressources en eau.

Si l’éducation, la sensibilisation et le renforcement des capacités sont des facteurs importants qui contribuent à l’engagement des jeunes, les mouvements sociaux sont internes et durent rarement lorsqu’ils sont organisés du sommet vers le bas. Il est essentiel d’abandonner cette vision étriquée et d’offrir aux jeunes un espace pour qu’ils s’engagent activement dans la société au niveau politique ainsi que dans le processus de prise de décision. La non-reconnaissance de ces mouvements sociaux engendrera leur méfiance et leur frustration et les détournera du secteur de l’eau.

Leur inclusion dans les différents processus du secteur de l’eau devrait être durable et doit être soutenue par la volonté des générations plus âgées à éduquer les générations plus jeunes et plus enthousiastes, à les encadrer et à partager leurs connaissances. Les jeunes touchent tous les secteurs de la société. Ils représentent une plate-forme multipartite qu’il faut utiliser. Le Programme de développement durable à l’horizon 2030 préconise une société mettant l’accent sur l’engagement et le partenariat, et les jeunes auront un rôle décisif à jouer dans la mise en œuvre des ODD et dans leur suivi.

À présent, nous sommes tous convaincus de la contribution inestimable que la jeunesse peut offrir dans le processus de prise de décision dans le secteur de l’eau. Il est temps de convaincre les décideurs d’investir dans un environnement propice à leur participation.

Le Partenariat mondial pour l’eau (PME), un réseau international chargé de la gestion des ressources en eau, inclut les jeunes dans la prise de décision.

Bon exemple de l’inclusion des jeunes dans la politique et la prise de décision, ce Partenariat m’a invitée, en tant que Présidente du Parlement mondial de la jeunesse pour l’eau bénéficiant d’un statut d’observateur, dans son comité directeur au niveau mondial. Au cours des trois dernières années, j’ai eu l’occasion d’assister deux fois par an aux réunions. Ce qui différencie ces rencontres des autres réunions, c’est la possibilité qui m’a été donnée d’exprimer librement mes opinions concernant tous les sujets abordés, de faire part de mes préoccupations et, surtout, de faire des suggestions qui ont été prises au sérieux et mises en œuvre. Pour moi, ce fut une interaction rare et unique. J’ai participé aux débats du Comité directeur sur un pied d’égalité, correspondant au rôle que nous confère notre statut d’observateur.

 

Notes

1 A/RES/70/1 (2015). Disponible sur le site : https://sustainabledevelopment.un.org/post2015/transformingourworld.

2 E/2016/75. Progrès vers la réalisation des objectifs de développement durable. Rapport du Secrétaire général. Disponible sur le site http://www.un.org/ga/search/view_doc.asp?symbol=E/2016/75&Lang=E.