Le développement de l’enseignement supérieur ? De l’audace avant toute chose

« … seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu’ ils peuvent changer le monde y parviennent. »

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L’impact universitaire des Nations Unies (UNAI), un programme innovant qui exhorte les établissements d’enseignement supérieur à jouer leur rôle de citoyens du monde, parmi d’autres principes, a fêté son troisième anniversaire en novembre 2013. Si, au début, certains trouvaient cette idée saugrenue, l’enseignement supérieur a tiré profit de cette idée.

Cet article traite d’idées similaires issues d’une nouvelle génération d’université à Bloemfontein, dans la province de Free State, en Afrique du Sud, appelée la Central University of Technology (CUT), Free State. Depuis le lancement de l’UNAI, c’était la première fois qu’un colloque et une table ronde plénière ayant pour thème l’UNAI se tenaient en Afrique.

Ces événements internationaux ont été organisés conjointement par la CUT, l’association internationale des Présidents d’université (IAUP) et l’UNAI, du 19 au 23 août 2013, avec la présence de leurs représentants respectifs, y compris Alvaro Romo, le Secrétaire général élu de l’IAUO (2014-2017). Ces deux tables rondes ont été, à leur tour, soutenues par la 17e  Association internationale d’Afrique Sud organisée par la CUT du 21 au 24 août.

La citoyenneté mondiale comme thème

L’UNAI est une initiative mondiale qui vise à associer les établissements universitaires et les Nations Unies qui s’engagent à utiliser l’éducation, la recherche et l’innovation comme moteurs du développement mondial.

La « Vision 2020 » mise en place par la CUT nous plaçant dans l’épicentre du développement régional, nous ne pouvions pas manquer l’occasion d’organiser conjointement cet événement. Ce faisant, nous avons appris beaucoup sur notre rôle dans le développement et partagé avec nos partenaires internationaux certaines des initiatives innovantes dont je parlerai plus loin.

La citoyenneté mondiale est un concept qui prend de plus en plus d’importance dans notre monde interconnecté en rapide évolution. Non seulement nous sommes connectés électroniquement et technologiquement, mais aussi socialement, économiquement et écologiquement. En effet, bien avant que la mondialisation ne se soit affirmée,  l’internationalisation  était déjà présente dans les universités. En tant que citoyens du monde ayant, sans doute, les meilleurs intellectuels et les meilleures ressources à leur disposition, les universités doivent s’attaquer aux défis et aux demandes auxquelles elles font face.

Parmi ces défis et ces demandes figurent la concurrence féroce pour la reconnaissance et l’excellence, les inégalités en matière d’économie politique de la production du savoir, la fuite des cerveaux, la réduction des ressources allouées et l’explosion du nombre d’étudiants due à une demande croissante d’enseignement supérieur. En outre, l’enseignement supérieur est appelé à jouer un plus grand rôle social en aidant à résoudre les problèmes sociétaux majeurs. Les directives et la responsabilité croissantes des États imposées aux universités de plus en plus autonomes et orientées vers le marché sont un paradoxe qui pose un problème.

L’objectif du colloque et de la table ronde était de démêler certains de ces défis et demandes, d’autant plus que la CUT elle-même vise à ce que ses résultats en matière d’éducation s’inscrivent dans le développement sociétal et, plus particulièrement, dans le développement régional, qu’il soit social, économique et/ou écologique.

Le colloque et la table ronde sur la citoyenneté mondiale

Le colloque a abordé « la citoyenneté mondiale et les partenariats internationaux ». Ce thème a été inspiré par l’un des dix principes de l’UNAI : un engagement visant à encourager la citoyenneté mondiale au moyen de l’éducation.En plus de nos spécialistes et collègues locaux de renom, les présentateurs et les intellectuels étaient venus de pays aussi éloignés que l’Allemagne, le Brésil, le Canada, l’Écosse, les États-Unis, la Finlande, le Mexique, le Nigeria et les Pays-Bas, et de pays plus proches comme la Tanzanie, le Zimbabwe et le Botswana. Ils ont partagé leur sagesse collective sur la question de la théorie et de la pratique sur laquelle les nouvelles générations d’universités de technologie en Afrique du Sud devraient se concentrer. Cela a, sans aucun doute, montré un engagement des représentants de l’enseignement supérieur de notre pays et des 20 autres pays représentés envers les contributions faites par les universités dans ce monde en constante évolution. Nous avons réfléchi à ce que nous devons faire individuellement et ensemble en tant qu’universités interconnectées, dans notre aspiration à intégrer l’internationalisation et à renforcer la citoyenneté mondiale au moyen de l’enseignement supérieur.

La table ronde plénière sur la citoyenneté mondiale, présentée par des représentants de l’UNAI, de l’IAUP, de la CUT, de l’University of the West of Scotland et l’Association européenne de l’éducation internationale, a été au cœur même de cette question. Des définitions importantes et des directions pratiques sur ce que nous devons faire ont été conseillées pour préparer nos étudiants à remplir leur rôle de citoyens du monde.

4 P : Plans, Personnes, Produits, Pennies (Revenus)

L’initiative Vision 2020 de la CUT, approuvée en 2010, est unique, car elle met l’accent sur le rôle de l’Université dans le développement sociétal, en particulier sur le développement régional. Elle a choisi ce domaine pour montrer les résultats et les impacts de ses innovations. Cette vision nous permet de penser globalement et d’agir localement ou régionalement sans aucun contradiction.

Notre cadre de mise en œuvre des 4 P est en place et nous sommes actuellement au cœur de la mise en œuvre. Vision 2020 a permis d’élaborer les PLANS en vue de la réalisation. Nous avons restructuré l’université pour qu’elle soit en concordance avec cette vision en ce qui concerne l’allocation des ressources et autres processus institutionnels. Nous avons un cycle annuel de planification qui nous permet de réfléchir, de revoir, d’évaluer et de réorienter nos stratégies et nos projets.

Nous continuons à travailler dur pour s’assurer que les PERSONNES – le corps enseignant, les étudiants, nos anciens élèves, nos partenaires gouvernementaux, dans le monde des affaires, l’industrie et d’autres organisations de la société civile – contribuent de manière productive à la vie de l’université et à l’économie en général. Divers programmes de développement sont en place. L’une de ces initiatives concerne un groupe de 50 professeurs et étudiants qui ont montré qu’ils étaient capables de fournir des idées innovantes. Réunis, ils constituent actuellement ce que nous appelons l’équipe des champions.

L’attention que nous portons aux PRODUITS (nos programmes d’éducation de recherche et d’innovation) a débouché sur la création d’un cadre du programme de transformation scolaire unique appelé Transformation stratégique des programmes et des structures d’éducation (STEPS). Ce processus innovant et vaste de la CUT et d’autres universités a commencé en 2010 et s’est terminé en 2012 avec neuf nouveaux programmes définis en fonction de la demande et orientés vers l’utilisateur qui sont conçus pour éduquer le monde du travail. Ces programmes ont vu le jour après des consultations avec des entreprises et des industriels, le gouvernement et la société civile.

Certains penseront peut-être qu’éduquer le monde du travail dans une université est un oxymore, mais à la CUT et dans les autres universités de technologie, nous essayons de trouver un équilibre entre l’enseignement supérieur, les compétences pour les emplois, l’innovation et l’entreprenariat. Les neuf programmes STEPS sont dans des domaines divers et seront introduits en 2014 et 2015. Les programmes d’énergie renouvelable de la Faculté d’ingénierie et des technologies de l’information sont conçus pour créer des compétences de haut niveau dans toutes les technologies associées à ce vaste domaine.

Les programmes en hydrologie et en gestion des ressources sont destinés à orienter notre formation vers l’une des ressources les plus essentielles dans un pays aux ressources limitées en eau comme l’Afrique du Sud et dans une région agricole, mais semi-aride. La sécurité, le stockage, la qualité et la distribution de l’eau sont des défis importants en Afrique du Sud. Les programmes en agriculture sont centrés sur des stratégies et des technologies visant à assurer la sécurité alimentaire et sur la vulgarisation agricole pour veiller à ce que les petits exploitants agricoles et les paysans pratiquant une agriculture de subsistance continuent de jouer leur rôle dans notre économie agricole.

Un programme en sciences de la santé est axé sur la gestion de la santé dans un pays aux prises avec les maladies plus difficiles à traiter comme la tuberculose et le sida. Un autre programme concerne le développement du travail communautaire qui fournit les compétences nécessaires pour faciliter le travail communautaire, ce qui est devenu un domaine d’activité essentiel en Afrique du Sud.

En sciences humaines, un programme de licence d’enseignement venant d’être révisé est axé sur les thèmes orientés vers le travail pour la formation des enseignants, contrairement aux thèmes étriqués et théoriques d ’un grand nombre de programmes d’enseignement traditionnels. Un programme innovant en arts visuels et en design offre un nombre de programmes disparates en arts, en photographie, en arts graphiques et en stylisme dans un programme à portée très large qui peut aboutir à une spécialisation dans un sous-domaine.

Il existe de nombreuses autres initiatives qui font partie intégrante de nos produits. En partenariat avec le Gouvernement de la province de Free State, nous avons établile Free State Information Technology Hub qui forme certains de nos anciens étudiants aux techniques pointues de développement de logiciels, reconnues internationalement. Cette formation est assurée par le Johannesburg Center for Software Engineering qui, à son tour, a créé un partenariat avec le Software Engineering Institute de la Carnegie  Mellon  University, à Pittsburg, en Pennsylvanie. Cette plate-forme peut fournir des compétences de premier plan en ingénierie de logiciel, principalement pour la région centrale de l’Afrique du Sud et au-delà.

En partenariat avec le National Department of Science and Technology et d’autres partenaires locaux, la CUT a établile Forum régional d’innovation de Free State qui réunit des universités, d’autres centres du savoir, des entreprises et l’industrie ainsi que le gouvernement. L’objectif de ce forum est de mettre en rapport les besoins et les demandes avec les innovations disponibles d’un certain nombre de centres de recherche et d’innovation de la CUT et de l’University of the Free State, notre université sœur dans la région. Ce forum a aussi l’ambition de servir de tremplin pour la mise en œuvre des recommandations faites par l’Organisation de coopération et de développement économique dans son examen régional 2010 de la province de Free State et des contributions des universités dans le développement urbain et régional.

Le dernier point de notre cadre de mise en œuvre des 4 P concerne les PENNIES. Au moyen de diverses stratégies, la CUT a réussi à accroître ses revenus et à réallouer ses ressources vers les stratégies de Vision 2020. Un nouveau modèle de réallocation des ressources nous permet d’augmenter les ressources allouées à cette Vision. La CUT demeure l’une des universités publiques les plus sûres financièrement, même si elle n’a jamais disposé de réserves.

Il est clair que la CUT est audacieuse et a ce qu’il faut de folie pour penser qu’elle peut s’imposer dans le développement régional. Comme le montrent certaines initiatives, nous ne nous en tenons pas aux paroles, nous agissons. Nous encourageons les lecteurs à s’engager avec nous, car nous pourrions partager plus d’informations sur de nombreuses autres initiatives qui, à notre avis, font de la CUT un épicentre du développement régional.

 La  déclaration de notre Vision 2020 : « D’ici à 2020, la Central University of Technology, Free State sera une université engagée qui mettra l’accent sur les innovations  sociales  et  technologiques de qualité pour le développement socio-économique, en particulier dans la région centrale de l’Afrique du Sud. » En d’autres termes, d’ici à 2020, la CUT sera un centre du savoir, d’innovation et d’excellence qui  formera une masse critique d’innovateurs qui contribueront directement à la prospérité.