La biodiversité marine et les écosystèmes marins assurent la santé de la planète et le bien-être social

 

Par Cristiana Paşca Palmer

Rien n’est aussi important pour le développement durable que la biodiversité des océans. La biodiversité marine, la diversité de la vie dans les océans et les mers, est un aspect essentiel des trois piliers du développement durable – économique, social et environnemental. Elle est indispensable au bon fonctionnement de la planète et fournit des services qui assurent la santé, le bien-être et la prospérité de l’humanité.

Les océans sont l’un des principaux réservoirs de la biodiversité dans le monde. Ils constituent plus de 90 % de l’espace habitable sur la planète et abrite quelque 250 000 espèces connues ainsi que beaucoup d’autres qui ne sont pas encore réportoriées1.

Les océans et la vie marine sont essentiels au bon fonctionnement de la planète, fournissant la moitié de l’oxygène que nous respirons2 et absorbant environ 26 % des émissions de dioxyde de carbone anthropique dans l’atmosphère par an3.

De nouvelles preuves apparaissent démontrant le rôle essentiel de la biodiversité marine pour la santé de la planète et le bien-être social. La pêche et l’aquaculture sont une source de revenus pour des centaines de millions de personnes, en particulier pour les familles à faible revenu, et contribuent directement et indirectement à leur sécurité alimentaire. Les écosystèmes marins fournissent de nombreux services aux communautés côtières dans le monde. Par exemple, les écosystèmes de mangroves sont une source importante de nourriture pour plus de 210 millions de personnes4, mais fournissent aussi de nombreux autres services, comme des moyens de subsistance, de l’eau salubre, des produits forestiers ainsi que la protection contre l’érosion et les phénomènes météorologiques extrêmes.

Il n’est donc pas surprenant que les établissements humains se soient développés près des côtes : 38 % de la population mondiale vit à moins de 100 km des côtes, 44 % à moins de 150 km, 50 % à moins de 200 km et 67 % à moins de 400 km5. Environ 61 % du produit intérieur brut total mondial vient des océans et des régions côtières situées à moins de 100 km du littoral6. Ces régions, où la densité de la population est 2,6 fois plus élevée qu’à l’intérieur des terres, bénéficient directement ou indirectement des biens et des services fournis pas les écosystèmes marins, ce qui contribue à l’éradication de la pauvreté, à la croissance économique durable, à la sécurité alimentaire, aux moyens de subsistance durables et au travail inclusif tout en protégeant une grande biodiversité et en atténuant les effets du changement climatique7.

Les pressions qui ont des incidences négatives sur la biodiversité marine compromettent aussi le bon fonctionnement de la planète ainsi que sa capacité à fournir les services dont nous avons besoin pour survivre et prospérer. En outre, alors que les océans sont de plus en plus mis à contribution, la fourniture continue de ces services sera critique. La perte de la biodiversité a des conséquences souvent plus graves pour les pauvres qui dépendent beaucoup des services fournis par les écosystèmes au niveau local pour assurer leurs moyens de subsistance et qui sont très vulnérables face à la dégradation de leur environnement marin. 

Les préoccupations suscitées par le déclin de la biodiversité sont à l’origine de la Convention sur la diversité biologique. Elle définit trois objectifs complémentaires : la conservation de la biodiversité, l’utilisation durable de ses éléments et le partage juste et équitable des avantages découlant de l’utilisation des ressources génétiques. Avec 196 parties, la participation à la Convention est pratiquement universelle, un signe qui indique que notre société mondiale est consciente de la nécessité de travailler ensemble pour assurer la survie de la vie sur Terre.

Elle sert aussi de nouveau centre de liaison à l’ensemble du système des Nations Unies et de base aux autres instruments et processus internationaux afin d’intégrer la question de la biodiversité dans tous leurs travaux; elle est donc un élément central du cadre mondial en faveur du développement durable. Le Plan stratégique 2011-2020 pour la diversité biologique et ses 20 objectifs, adoptés en 2010 par les Parties à la Convention à Nagoya, dans la préfecture d’Aichi, au Japon, fournit un cadre de coopération efficace pour réaliser un avenir au cours duquel la communauté mondiale peut tirer parti de manière durable et équitable de la biodiversité sans compromettre la capacité des futures générations à satisfaire leurs besoins.

Le rôle essentiel de la biodiversité marine dans le développement durable a été reconnu dans le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et les objectifs de développement durable (ODD) où les dirigeants mondiaux ont souligné qu’il était urgent de prendre des mesures pour améliorer la conservation et l’utilisation durables de la biodiversité marine. En particulier, l’objectif 14 vise à conserver et à exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable et met l’accent sur les liens étroits entre la biodiversité marine et les objectifs plus vastes en matière de développement durable. En effet, de nombreux éléments de l’ODD 14 et d’autres ODD sont similaires aux principes définis dans les objectifs d’Aichi relatifs à la diversité biologique. Les efforts menés à différents niveaux pour réaliser ces objectifs contribueront directement à la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et à la réalisation des ODD.

La biodiversité marine et les écosystèmes sont étroitement liés à un vaste éventail de services qui sont essentiels au développement durable. Ces relations sont souvent complexes et dynamiques et influencées par les boucles de retour d’information et les effets synergiques. Elles soulignent la nécessité d’adopter une démarche intégrée et globale à la conservation et à l’utilisation durable de la biodiversité marine fondée sur l’écosystème, de mettre en place des approches de précaution, des principes d’inclusion et d’équité et de produire de multiples avantages pour les écosystèmes et les communautés.

Les travaux menés dans le cadre de la Convention ont évolué pour refléter cette approche et soutenir les Parties et les organisations pertinentes dans sa mise en œuvre, notamment dans le cadre des stratégies et des plans d’action nationaux pour la biodiversité et au moyen de politiques, de programmes et de mesures qui visent à intégrer la biodiversité dans les secteurs qui affectent la biodiversité et qui en dépendent.

L’approche thématique adoptée vise (a) à mieux comprendre l’importance écologique et biologique des océans; (b) à identifier les pressions et les menaces ainsi que leurs effets sur la biodiversité marine et côtière; (c) à encourager l’utilisation d’instruments pour appliquer l’approche écosystémique pour la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité; (d) à renforcer les capacités pour mettre en place les conditions favorables à la mise en œuvre; et (e) à intégrer la biodiversité dans tous les secteurs.

Dans le cadre de la Convention sur la diversité biologique, un processus mondial d’identification des aires marines écologiquement et biologiquement importantes (EBSA) a permis d’améliorer les connaissances sur la valeur écologique et biologique des zones marines dans presque toutes les régions océaniques du monde. Ce travail sert de base à la conservation et à la gestion de la biodiversité et crée les conditions propices à l’amélioration et à l’utilisation de ces connaissances en catalysant les réseaux et les partenariats scientifiques au niveau régional. Il permet aussi de recenser les lacunes en matière de connaissances et de faire des activités de suivi et de recherche visant à renforcer l’application de l’approche écosystémique une priorité8.

Les Parties ont également accordé une priorité à la nécessité de répondre aux pressions exercées sur la biodiversité marine, y compris les pratiques de pêche non durables, les déchets marins et le bruit sous-marin d’origine anthropique ainsi que le changement climatique et l’acidification des océans. Le secrétariat, les Parties à la Convention, d’autres gouvernements et des organisations pertinentes travaillent avec des scientifiques et des spécialistes en vue de faire une synthèse des connaissances disponibles sur les effets des pressions/facteurs de stress et fournissent des directives sur les moyens de prévenir leurs effets néfastes et de les atténuer.

Par le biais d’ateliers de formation organisés par des spécialistes et des publications, ainsi que grâce à l’engagement d’autres parties prenantes, la Convention sur la diversité biologique a élaboré des directives pour le développement et l’application de l’approche écosystémique, y compris par la mise en place de mesures de gestion par zone, comme la planification spatiale marine et les zones côtières protégées et l’évaluation de l’impact sur l’environnement tenant compte de la biodiversité, intégrant différentes mesures de politique sectorielle pour répondre aux diverses pressions exercées sur la richesse biologique des océans.

Le renforcement des capacités visant à soutenir la mise en œuvre est aussi un élément essentiel de la Convention. L’un des outils est l’Initiative pour des océans durables, un cadre de partenariat mondial coordonné par le secrétariat de la Convention avec diverses entités des Nations Unies et des organisations internationales partenaires. Cette Initiative s’appuie sur les efforts, les ressources et les expériences passés en renforçant les partenariats, en diffusant les leçons tirées et les connaissances acquises et en améliorant la coordination entre les secteurs et les groupes de parties prenantes. Elle s’applique à de multiples échelles afin de créer des conditions propices à la mise en œuvre sur le terrain. Le dialogue mondial de l’Initiative pour les océans durables avec les organisations maritimes régionales et les organes régionaux des pêches sur l’accélération des progrès dans la réalisation des objectifs d’Aichi relatifs à la diversité biologique vise à faciliter le dialogue intersectoriel régional et la coordination9.

Les Parties ont aussi mis l’accent sur l’intégration de considérations relatives à la biodiversité dans les secteurs économiques qui, à la fois, affectent les écosystèmes marins sains et qui en dépendent pour assurer la croissance économique durable. L’intégration été un élément essentiel de la Convention sur la diversité biologique qui s’est tenue à Cancun, au Mexique, en décembre 2016. Lors de la réunion de haut niveau, les ministres de l’environnement, des pêches et du tourisme, entre autres intervenants, ont exprimé leur engagement, par l’adoption de la Déclaration de Cancun, à travailler à tous les niveaux avec les gouvernements et dans tous les secteurs pour intégrer la biodiversité dans les programmes de développement sectoriels. Dans cet esprit, le secrétariat de la Convention collabore étroitement depuis plusieurs années avec l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, les organes régionaux des pêches et autres parties prenantes pour renforcer la mise en œuvre par les Parties à la Convention afin de mieux intégrer la biodiversité dans les secteurs de la pêche et de l’aquaculture.

Si nous voulons réaliser les ODD et les objectifs d’Aichi relatifs à la diversité biologique, nous devrons abandonner les approches traditionnelles habituelles et intégrer la biodiversité dans notre planification, notre gouvernance et notre prise de décision en matière de développement. Nous devrons mobiliser des ressources pour faire les changements sur le terrain dont on a désespérément besoin. En outre, à tous les niveaux, les parties prenantes devront être conscientes des effets que leurs actions et leurs comportements ont sur les écosystèmes marins dont nous dépendons tous et prendre des décisions pour améliorer notre relation à l’océan qui nous a tant donné tout au long de l’histoire humaine.

La Conférence sur les océans à venir, qui aura lieu aux Nations Unies, à New York, du 5 au 9 juin 2017, représente une occasion formidable de construire la volonté politique nécessaire et de mettre en place les conditions propices pour promouvoir une mise en œuvre renforcée à tous les niveaux en incluant toutes les parties prenantes afin de réaliser l’avenir d’une biodiversité marine saine et productive qui soutient le bien-être de la société. Conformément aux principes d’égalité intergénérationnelle, nous devons aussi reconnaître le droit des futures générations à hériter d’une planète en bonne santé et à tirer profit des avantages économiques, culturels et spirituels d’un océan sain.

Notes

1 Pour plus d’informations, voir le site Web Census of Marine Life: http://coml.org.

2 The First Global Integrated Marine Assessment (World Ocean Assessment I) (United Nations, 2016). Disponible sur le site http://www.un.org/Depts/los/global_reporting/WOA_RegProcess.htm.

3 Corinne Le Quéré et al., « Global carbon budget 2015 », Earth System Science Data, vol. 7, n° 2 (décembre 2015), 349-396 (371).

4 Mark Spalding, Robert D. Brumbaugh et Emily Landis, Atlas of Ocean Wealth (Arlington, VA, The Nature Conservancy, 2016), p. 14.

5 Christopher Small et Joel E. Cohen, « Continental physiography, climate, and the global distribution of Human Population », Current Anthropology vol. 45, n° 2 (avril 2004), 269–277 (272).

6 Paulo A.L.D. Nunes et Andrea Ghermandi, « The economics of marine ecosystems: reconciling use and conservation of coastal and marine systems and the underlying natural capital », Environmental and Resource Economics, vol. 56, n° 4 (octobre 2013), 459–465 (460).

7 Ibid.

8 Pour plus d’informations sur les aires marines écologiquement et biologiquement importantes, voir https://www.cbd.int/ebsa.

9 Pour plus d’informations sur l’Initiative pour des océans durables, voir https://www.cbd.int/soi.