L’expérience d’un chirurgien-dentiste dans le domaine de l’éducation internationale

Lorsque j’étais étudiant en dentisterie, je me souviens, durant un programme annuel d’orientation, d’une inscription sur un tee-shirt qui disait : « Étudiants dentistes –  CONSTRUIRE DES PONTS/DES BRIDGES DANS LA SOCIÉTÉ » (un jeu de mots en anglais où « bridge » signifie « pont ») illustrée par un dessin graphique. Étudiant, je me suis rendu de plus en plus compte du rôle élargi que les professionnels de la santé jouent dans la société et de leur capacité à changer de manière positive la vie des membres de la société. Plus tard, dans le cadre de mes études, j’ai reçu une bourse pour participer à un programme d’échange à l’Université de Melbourne, en Australie, et au Royal Dental Hospital, qui était rattaché à la faculté de dentisterie de l’université. Cette expérience m’a non seulement exposé aux différences qui existent au sein des sociétés, mais aussi aux éléments communs à tous les pays. Même si mes études ont été principalement orientées vers la santé et la médecine, que j’ai ensuite exercé le métier de dentiste dans le secteur privé et le secteur public et poursuivi ma carrière dans le milieu universitaire dans diverses disciplines liées à la dentisterie, ce séjour qui m’a plongé dans la dimension internationale avait débuté bien plus tôt sans que j’aie pleinement conscience de l’influence qu’il exercerait sur ma carrière future et mes activités actuelles.

Lorsque j’étais professeur à plein temps et Doyen adjoint de la Faculté des sciences de la santé, le Vice-Chancelier m’a demandé si je serais disposé à créer une culture internationale à l’Université de technologie de Durban. Ce fut le début d’un voyage qui allait modifier sensiblement mes choix de carrière et une aventure passionnante que je n’aurais pas même imaginée. Mon engagement initial à l’enseignement international était purement du point de vue d’un professeur d’université. C’est par ce biais que j’ai appris à connaître un nouveau domaine de connaissances. Au début, je croyais que ce serait un désavantage significatif, car je n’étais pas imprégné des procédures administratives qui sont une partie cruciale de la mobilité des professeurs d’université dans le contexte de l’internationalisation. Toutefois, j’en suis venu progressivement à apprécier les outils et les compétences que ma formation universitaire m’a offerts lorsque j’ai participé à l’internationalisation de l’enseignement supérieur. Cela m’a permis de comprendre que l’internationalisation était bien plus qu’une série d’activités, de projets et de partenariats internationaux et qu’elle exerçait une profonde influence sur les activités de base ainsi que sur les aptitudes des diplômés qui sortent de nos universités.

L’internationalisation est un outil de transformation puissant qui peut influencer l’enseignement, l’apprentissage et la recherche dans une université. C’est aussi un outil puissant qui peut améliorer les aptitudes des étudiants en leur donnant des connaissances, des capacités et des compétences non seulement dans leurs propres disciplines, mais aussi en développant leurs connaissances des différentes cultures et en les éduquant à la citoyenneté mondiale.

L’internationalisation a nécessité plusieurs itérations au cours des siècles. Les anciennes universités ont incarné la notion d’universalité et d’universités dépositaires du savoir mondial plutôt que d’un savoir particulier. Au fil des ans, l’éducation internationale a connu de nombreuses transitions après être passée par une phase où l’attention avait été largement accordée à la commercialisation et aux avantages économiques que la mobilité universitaire pouvait apporter à l’économie des pays qui accueillait des étudiants internationaux. Pendant certaines périodes, elle a été orientée vers l’apprentissage d’une langue étrangère ou la possibilité de suivre un cours en anglais. Pendant d’autres périodes, l’internationalisation de l’enseignement supérieur a été simplement perçue comme un processus favorisant la mobilité des étudiants et du personnel universitaire de différentes universités. Toutefois, il est encourageant de noter que les tendances modernes de l’enseignement international incarnent une démarche plus globale qui favorise l’intégration des dimensions internationales dans toutes les activités de l’université et visent à promouvoir les avantages de l’internationalisation pour tous les étudiants et personnels universitaires et pas seulement pour ceux qui participent à un programme de mobilité. Cela s’est traduit par un renforcement de l’internationalisation des programmes d’instruction des pays d’origine. L’internationalisation est ainsi introduite dans les cours, les départements des universités et les activités universitaires. Il s’agit non seulement de la conception et du contenu des programmes, mais aussi de la diffusion continue d’un programme d’instruction élargi. L’internationalisation des programmes est un domaine passionnant qui fait appel à la créativité et à l’innovation et offre des possibilités illimitées. Les technologies modernes donnent à ces dernières un tour nouveau.

L’internationalisation de l’enseignement supérieur offre également une façon différente de participer à un monde qui encourage la compréhension et l’engagement non antagonique. Imaginez les avantages d’un programme internationalisé pour un étudiant en études maritimes qui passerait neuf mois de son année avec des personnes de nationalités différentes dans l’environnement confiné d’un navire. Aujourd’hui plus que jamais, il est nécessaire d’apprendre à se connaître, à s’apprécier et à s’enrichir de nos différences. Le besoin d’une citoyenneté mondiale n’a jamais été plus pertinent qu’aujourd’hui.

Une question majeure est de savoir si l’internationalisation est une question centrale ou périphérique dans les universités. Pour ma part, la réponse est claire – on ne peut parler d’un enseignement et d’un apprentissage de qualité sans parler des critères internationaux et des meilleures pratiques internationales. On ne peut pas parler de recherche sa ns parler des partenariats et de la collaboration à l’échelle internationale.

Nous devons trouver des solutions globales afin de relever les défis mondiaux comme les énergies renouvelables, la sécurité alimentaire, le VIH/sida et le réchauffement climatique. Nous devons aussi tenir compte des connaissances locales et des défis locaux sur la scène mondiale.

Personnellement, le plus grand bénéfice de l’internationalisation de l’enseignement supérieur est la passerelle qu’el le construit entre le local et le global – elle permet aux voix locales, qui étaient silencieuses et ignorées, de se faire entendre. Elle offre de nouvelles approches et épistémologies qui permettent d’apprécier les connaissances  et implique une ouverture à la diversité de nouvelles conceptions jusqu’ici ignorées qui sont une source d’enrichissement pour tous. Cela a été il lustré par le proverbe africain qui dit : « Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens,  les histoires  de chasse continueront de glorifier les chasseurs  ».  Je vous invite à découvrir un monde où la pluralité de la participation et des discours est à la fois encouragée et appréciée.    ❖