L’éducation pour promouvoir l’égalité des sexes

Amartya Sen, à qui l’on attribue souvent l’expression « développement humain », nous rappelle une citation de H.G. Wells : « L’histoire de l’humanité devient de plus en plus une course entre l’éducation et la catastrophe ». A. Sen affirme que « si nous continuons à maintenir des parties importantes de la population mondiale hors de l’orbite de l’éducation, nous contribuons à rendre le monde non seulement moins juste, mais également moins sûr ». Pour lui, la dimension sexiste de l’éducation est un lien direct entre l’analphabétisme et la sécurité des femmes.

L’incapacité à lire ou à écrire est un sérieux obstacle pour les femmes défavorisées, car cela peut se traduire par une inaptitude à faire valoir ne serait-ce que leurs droits, même limités, droits qui sont légalement les leurs (par exemple, celui de posséder des terres ou d’autres biens ou celui de faire appel à un jugement inéquitable ou à un traitement injuste). Souvent, les droits reconnus légalement dans les règlements ne sont pas appliqués, les parties lésées étant incapables de lire ces règlements. L’absence de scolarisation peut donc entraîner directement l’insécurité en éloignant les personnes démunies des moyens qui leur permettraient de lutter contre ce dénuement1.

Pour Amartya Sen, l’alphabétisme et l’illétrisme mathématique sont des formes d’insécurité en soi, « ne pas être capable de lire, d’écrire, de compter ou de communiquer est le signe d’un dénuement considérable. Le comble de l’insécurité réside dans la certitude du dénuement et dans le fait qu’ils n’existe plus aucune chance de déjouer pareille fatalité2 ». Le lien entre éducation et sécurité souligne l’importance de l’éducation considérée comme un besoin de base du développement humain au XXIe siècle.

Inégalités entre les sexes en matière d’éducation : quelques faits essentiels

Tandis que l’on peut continuer à avancer des arguments moraux et politiques en faveur de l’éducation des filles et des femmes, certains faits illustrent cette question de manière éloquente. Sur les 61 millions d’enfants en âge de fréquenter l’école primaire qui n’étaient pas scolarisés en 2010, 53 % étaient des filles. Sur les 57 millions d’enfants non scolarisés en 2013, 49 % étaient des filles. Dans une enquête menée dans 30 pays auprès de 100 000 enfants non scolarisés, en moyenne 28 % de filles n’étaient pas scolarisées par rapport à 25 % de garçons. L’achèvement du cycle primaire constitue un problème particulier pour les filles en Afrique sub-saharienne et en Asie occidentale3.

Des enquêtes réalisées dans 55 pays en développement indiquent que les filles en âge de fréquenter le premier cycle du secondaire sont plus susceptibles de ne pas être scolarisées que les garçons, quels que soient les revenus du ménage ou l’emplacement de la résidence. Près de deux tiers des 775 millions d’adultes analphabètes dans le monde sont des femmes. Dans les régions en développement, il y a 98 femmes pour 100 hommes dans l’enseignement tertiaire. On constate des inégalités importantes dans l’accès à l’enseignement tertiaire, ainsi que dans certaines matières, les femmes étant sous-représentées dans les domaines des humanités et des sciences sociales et particulièrement en ingénierie, en sciences et en technologie.

La violence sexiste à l’école compromet le droit à l’éducation et présente un défi majeur à la réalisation de l’égalité des sexes dans l’enseignement, car elle a un effet négatif sur la participation des filles et sur la durée de leurs études. De plus, le manque d’éducation en matière de santé sexuelle et reproductive empêche les adolescents d’accéder aux informations et contribue à l’abandon scolaire, en particulier chez les filles qui ont atteint la puberté.

L’éducation des filles et des femmes peut générer divers avantages comme améliorer la santé maternelle, réduire la mortalité infantile et les taux de fécondité et augmenter la prévention contre le VIH et le sida4. Les mères instruites sont plus susceptibles de savoir que le virus du sida peut être transmis par l’allaitement et que le risque de transmission de la mère à l’enfant peut être réduit en prenant des médicaments pendant la grossesse.

Chaque année supplémentaire de scolarisation d’une mère réduirait la mortalité infantile de 5 à 10 %. Les enfants dont la mère a suivi des études secondaires ou au-delà ont deux fois plus de chances de survivre au-delà de leur cinquième année que ceux dont la mère n’est pas éduquée. L’amélioration de l’éducation des femmes explique la réduction de moitié des décès d’enfants entre 1990 et 2009. Un enfant dont la mère sait lire a 50 % de chances de plus de survivre au-delà de sa cinquième année. En Afrique sub-saharienne, on estime à 1,8 million le nombre d’enfants dont la vie aurait pu être sauvée en 2008 si leur mère avait au moins suivi des études secondaires. En Indonésie, 68 % des enfants dont la mère a suivi des études secondaires sont vaccinés contre 19 % de ceux dont la mère n’est pas allée à l’école primaire. Les salaires ainsi que les revenus et la productivité agricoles, qui sont essentiels pour réduire la pauvreté, sont plus élevés lorsque les femmes qui travaillent dans le secteur agricole ont accès à une éducation de qualité. Chaque année supplémentaire d’études au-delà de l’école primaire a des retombées favorables, améliorant les possibilités, les options et les revenus des filles et des femmes.

Dans diverses discussions sur les programmes relatifs à l’éducation pour l’après-2015, un fort consensus s’est dégagé sur le fait que l’égalité des sexes dans l’éducation demeurait une priorité. Certains ont fait observer que les inégalités, en général, et l’égalité des sexes, en particulier, devraient être abordées simultanément en tenant compte des aspects économiques, sociaux, politiques et culturels. Une personne s’exprimant au nom de la Coalition internationale pour la santé des femmes a affirmé que « toutes les filles, qu’elles soient pauvres, isolées ou défavorisées, devraient pouvoir aller régulièrement à l’école et ne pas être obligées d’arrêter leurs études à cause d’une grossesse précoce, d’un mariage forcé, de lésions dues à l’accouchement, de décès maternels et du fardeau des tâches ménagères et des soins prodigués aux enfants ».

D’autres ont souligné l’importance d’assurer aux filles et aux femmes l’accès à l’enseignement post-primaire  et post-secondaire. Au sujet de l’enseignement secondaire, la Fondation allemande pour la population mondiale a noté que l’« achèvement de l’enseignement secondaire contribue à retarder le mariage des filles et la première grossesse ». Si l’accès à une éducation de qualité est important pour les filles et les femmes, la prévention de la violence sexiste et l’égalité des sexes par l’éducation demeurent aussi une priorité.

La discrimination fondée sur le sexe dans l’enseignement est, en effet, à la fois une cause et une conséquence des différences solidement ancrées dans la société. Les disparités, en termes de pauvreté, d’origine ethnique, d’invalidité ou de comportements traditionnels sur le statut et le rôle des filles et des femmes compromettent leur capacité à exercer leurs droits. De plus, les pratiques préjudiciables, comme le mariage précoce, la violence sexiste ainsi que les lois et les politiques discriminatoires en matière d’éducation, empêchent des millions de filles d’accéder à l’école et de terminer leurs études5.

De plus, étant donné la participation importante et croissante des femmes dans les activités génératrices de revenus, l’éducation pour les filles et les femmes est particulièrement importante, surtout pour tenter d’inverser les formes de discrimination fondées sur le sexe. Non seulement il est impossible de parvenir à l’égalité des sexes sans l’éducation, mais l’élargissement des possibilités d’éducation à tous peut permettre de stimuler la productivité et donc de réduire la vulnérabilité économique des ménages pauvres.

Égalite des sexes, équité et droits de l’homme

L’équité est le principe fondamental d’un programme de développement fondé sur les droits pour l’après-2015 et souligne la nécessité de corriger les inégalités historiques et structurelles afin d’assurer l’accès à un enseignement de qualité à tous les niveaux. Cela annonçait l’un des thèmes les plus marquants qui sont ressortis des consultations sur l’éducation pour l’après-2015, c’est-à-dire une approche fondée sur des droits dans laquelle les droits sont indivisibles. Cela signifie que tous les aspects de l’éducation devraient être considérés du point de vue des droits, notamment les éléments structurels des systèmes éducatifs, les méthodes d’enseignement ainsi que le contenu des programmes scolaires. De fait, pour que l’éducation soit un droit pour tous, il est essentiel d’éliminer les obstacles structurels qui empêchent l’accès à une éducation de qualité.

Dans les consultations pour l’après 2015, l’équité est affirmée comme valeur fondamentale de l’éducation. Plusieurs points de vue ont été exprimés faisant valoir le fait que l’inégalité en matière d’éducation demeurait un défi. Cela est lié au fait que les Objectifs du Millénaire pour le développement se concentrent sur les moyennes sans considérer les tendances au-dessous de ces moyennes. De nombreuses contributions aux consultations sur l’éducation ainsi qu’à d’autres consultations thématiques ont souligné le manque d’attention accordée aux groupes marginalisés et vulnérables.

L’égalité d’accès à une éducation de qualité requiert de s’attaquer aux inégalités diverses et persistantes dans la société et devrait faire l’objet d’une attention plus soutenue sur la manière dont les différentes formes d’inégalités se conjuguent et créent des inégalités pour les groupes marginalisés et vulnérables. Les consultations pour l’après-2015 indiquent que pour surmonter les obstacles, les gouvernements nationaux doivent être tenus de fournir des normes minimales et mettre en œuvre des programmes spécifiques aux pays pour les services de base, y compris l’éducation. L’égalité en matière d’éducation implique aussi diverses mesures proactives et ciblées afin d’offrir un soutien progressif aux groupes défavorisés.

Amyarta Sen signale les études empiriques qui ont montré à quel point le respect et la prise en compte du bien-être des femmes dépendent de leur niveau d’éducation et de leur participation aux prises de décisions au sein de leur famille et à l’extérieur. En effet, dans beaucoup de pays en développement, même les désavantages des femmes, en termes de survie, comparés aux hommes (d’où « ce phénomène si terrible de centaines de millions de femmes “disparues” ») semblent considérablement se réduire au point de disparaître, grâce aux progrès de l’autonomisation des femmes dont l’alphabétisation est un élément fondamental.

Durant l’été 2009, l’Organisation internationale du Travail (OIT) a publié un rapport intitulé « Donner une chance aux filles : lutter contre le travail des enfants, une clé pour l’avenir », qui établit un lien troublant entre l’augmentation du travail des enfants et la préférence donnée aux garçons lorsque les familles prennent des décisions en matière d’éducation. Le rapport indique que dans les cultures où l’on accorde plus d’importance

à l’éducation des garçons, les filles risquent d’être retirées de l’école et donc plus susceptibles d’entrer précocement dans la vie active. Il rappelle que selon l’estimation mondiale la plus récente, plus de 100 millions de filles étaient victimes du travail des enfants et que nombre d’entre elles étaient exposées à quelques-unes de ses pires formes.

Une grande partie des études consacrées aux femmes et à l’éducation souligne l’importance d’investir dans l’éducation des filles comme moyen efficace de combattre la pauvreté. C’est dans le droit fil des affirmations présentées dans de nombreux documents qui montrent également un lien étroit entre l’éducation, une participation accrue des femmes à la vie active, de meilleurs revenus et une plus grande productivité en général, ce qui est bénéfique pour les communautés et les nations. En d’autres termes, il est rentable d’investir dans l’éducation des filles et des femmes.

La socialisation liée au genre

À la fin des années 1970 et au début des années 1980, des combattantes féministes occidentales, comme Simone de Beauvoir, établissaient une distinction entre le sexe biologique et le sexe social acquis. Anne Oakley, en particulier, est connue pour voir inventé le terme « socialisation liée au genre » (1979) qui indique que le genre est une construction sociale. Selon elle, les parents transmettent leurs valeurs, mais la société exerce la plus grande influence dans la construction des sexes. Elle a identifié trois mécanismes sociaux : la manipulation, la canalisation et la verbalisation (Oakley, 1972). Elle a fait remarquer que le genre n’est pas un concept fixe, mais qu’il est déterminé par la culture, par l’utilisation de signifiants verbaux et non verbaux ainsi que par la création de normes et de stéréotypes sociaux qui définissent les comportements appropriés et acceptables. Les signifiants sont alors perpétués à un niveau global, renforcés par les médias, ainsi qu’au niveau micro par les relations individuelles.

Le concept a fait son apparition dans le lexique général sur les relations de genre et la dynamique du développement, et par les critiques et les contre-critiques, l’expression « socialisation liée au genre » est devenue un signifiant important. En tant qu’outil visant à mettre l’accent sur les pratiques, les lois et les perceptions (y compris les stéréotypes) discriminatoires, la socialisation liée au genre est souvent reconnue comme la « cause fondamentale » qui explique les divers aspects des identités de genre et met en relief les nombreuses dynamiques de genre.

En 2007, le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) a défini la socialisation liée au genre comme « le processus par lequel les individus apprennent à se comporter, en fonction des convictions, des valeurs, des attitudes et des exemples fournis par la société. La socialisation liée au genre débute dès qu’une femme est enceinte et que l’entourage commence à émettre un jugement sur la valeur des garçons par rapport aux filles. Ces stéréotypes sont perpétués par les membres de la famille, les enseignants et d’autres personnes exprimant des attentes différentes selon qu’il s’agit de garçons ou de filles ».

Il existe donc une interaction évidente entre les valeurs socio-culturelles (et la pratique) et la socialisation liée au genre. Cela explique en partie pourquoi dans les sociétés de nombreux pays en développement, le rôle des femmes dans la sphère privée et domestique continue à être privilégié par rapport à celui dans la vie publique. La plupart des jeunes filles sont ramenées à la « fatalité biologique » attachée à leur futur rôle de mère déterminé socialement. Dans de nombreux contextes relativement conservateurs sur le plan social, cela est étroitement lié au besoin de garantir la condition préalable au mariage.

La plupart des études associées font valoir que les femmes qui ont reçu une éducation formelle ont plus de chances de recourir à des méthodes de planification familiale fiables, de se marier, de retarder l’arrivée du premier enfant et d’avoir moins d’enfants et d’être en meilleure santé que les femmes qui n’ont reçu aucune éducation formelle. Selon les estimations de la Banque mondiale, une année de scolarisation supplémentaire des filles réduit le taux de fécondité de 10 %, en particulier lorsqu’elles parviennent au cycle secondaire.

En effet, les femmes qui ont reçu une éducation formelle sont plus susceptibles de se faire soigner et d’être mieux informées sur les pratiques de santé pour elles-mêmes, et leurs enfants et petits-enfants sont mieux nourris. Et aussi, comme je l’ai indiqué plus haut, ces femmes sont plus susceptibles d’éviter les grossesses précoces. Elles savent comme espacer les naissances, accéder aux soins prénatals et postnatals, y compris à la prévention contre le VIH/sida, prévenir les maladies transmises sexuellement et avoir accès aux services de planification familiale. Selon les estimations de la Banque mondiale, une année supplémentaire de scolarisation permet d’éviter  deux décès maternels pour 1 000 femmes.

Dans plusieurs rapports, la Banque mondiale, l’UNICEF et le Fonds des Nations Unies pour la population soulignent les avantages intergénérationnels lorsque les femmes sont éduquées. Une mère instruite est plus susceptible de réussir à offrir des possibilités d’éducation à ses enfants. En effet, la Banque mondiale indique que « dans de nombreux pays, pour chaque année de scolarité supplémentaire de la mère, ses enfants restent scolarisés entre un tiers et la moitié d’une année supplémentaires6 ».

En d’autres termes, l’éducation des filles et la promotion de l’égalité des sexes en matière d’éducation sont essentielles au développement, d’où la nécessité d’aborder les inégalités entre les sexes.

La question rhétorique qui doit être posée ici est de savoir si les éléments cohérents de la socialisation liée au genre dans la région et les messages confus pour les deux sexes ne font que renforcer les processus d’inégalité entre les sexes. En dernier lieu, on peut dire que la socialisation liée au genre, associée aux différences de possibilités et aux résultats en matière d’éducation, non seulement crée un cercle vicieux, mais contribue réellement à renforcer les normes patriarcales.

Les événements politiques et l’approbation du leadership politique jouent souvent un rôle catalyseur, voire déterminant, dans le changement des politiques. En effet, la plupart des programmes de réforme de l’éducation sont souvent liés à une dynamique politique. À ce jour, ces réformes sont généralement lancées par une décision politique ou juridique. Dans la plupart des cas, les pays attachent un degré de priorité à certains aspects comme forger un patrimoine commun et une conception commune de la citoyenneté, l’enseignement d’une ou de plusieurs langues spécifiques, le renforcement des capacités ainsi que le soutien populaire aux programmes des partis. Tous les gouvernements des pays en développement ont, à un moment, fait des efforts particuliers pour inclure les filles dans leur système éducatif. Alors que les responsables politiques et les gouvernements ont un rôle à jouer, il est de plus en plus clair que c’est sur le terrain socio-culturel que les vraies batailles doivent être engagées de manière réfléchie, délibérée et ciblée.

Influencer la manière dont les personnes pensent et se comportent est la tâche la plus complexe du développement humain. Pourtant, dans les milieux politiques et les centres de plaidoyer à travers le monde, ce défi particulier reste largement considéré comme non contraignant et, au mieux, secondaire dans la plupart des réflexions. Ce qui est affirmé ici, c’est qu’au sein du climat géopolitique mondial actuel, en particulier où un nombre croissant de jeunes hommes, et maintenant de jeunes femmes, adopte de nouveau des comportements extrêmes comme le recours à la violence, et où ce phénomène est souvent exacerbé par les processus de socialisation qui imposent certaines pratiques nuisibles (comme le mariage précoce) ainsi que des préjugés et des conceptions dépassées des rôles dévolus aux femmes et aux hommes, la culture doit être la plus grande priorité.

Pour qu’un changement culturel ait lieu, plusieurs conditions sont nécessaires. Il importe, par exemple, de se pencher sur la question de l’égalité des sexes et en impliquant à la fois les hommes et les femmes. Alors que cela est inacceptable pour de nombreux activistes des droits des femmes, il est cependant nécessaire que les hommes participent davantage à l’action en faveur de l’égalité des sexes et que les femmes comprennent que la promotion de leurs droits doit se faire en partenariat avec les hommes et reconnaissent les besoins et les défis spécifiques auxquels sont confrontés les jeunes gens et les hommes.

Un autre facteur déterminant est l’importance que le changement culturel vienne « de l’intérieur ». Ceux qui ont travaillé aux questions des droits de l’homme ont appris à leurs dépens que tout changement qui semble venir de l’extérieur, même s’il répond à un besoin pressant et à des raisons parfaitement valables, est, dans de nombreux cas, voué à l’échec. Pour que le changement soit durable, il faut qu’il soit pris en main et géré au niveau local. Cela indique l’importance d’identifier les « agents culturels du changement » dans une société donnée, ce qui inclut à la fois les activistes hommes et femmes, les chefs religieux, les chefs traditionnels et communautaires (dans certains cas ces catégories convergent), les personnalités influentes dans les médias, les mobilisateurs communautaires charismatiques et, en particulier, les jeunes qui sont les agents les plus essentiels du changement.

D’un autre côté, c’est une erreur de penser qu’il n’existe aucun lien entre l’appropriation locale et la dynamique externe. Les partenaires internationaux, en particulier multilatéraux, du développement ont un rôle important à jouer pour faciliter l’édification de ponts entre et parmi les agents culturels du changement d’un côté, et entre eux et leurs responsables politiques respectifs de l’autre. Mais à l’ère des technologies et de la vitesse technologique, les acteurs internationaux du développement ainsi que les acteurs universitaires transnationaux s’attachent déjà à faciliter la création de ponts entre les jeunes. Cela se fait déjà par le biais de multiples forums (y compris des sites sociaux) dont l’impact est difficile à évaluer.

Tout cela montre que l’éducation dans le sens traditionnel de la scolarisation, les taux d’abandon, la création des programmes scolaires et la dynamique structurelle sont diverses étapes de transition. Reste à voir comment et de quelle façon les nouvelles formes d’éducation, l’acquisition des connaissances et le partage des informations modifieront de manière significative les schémas de la socialisation liée au genre. Il est trop tôt pour évaluer de manière définitive les sables mouvants sur lesquels nous sommes. Toutefois, ce serait une erreur de surestimer le pouvoir du patriarcat enraciné ou de sous-estimer la capacité des femmes et des hommes à remodeler leurs réalités. D’un autre côté, les modifications dans la culture visant la définition des objectifs de développement international donnent déjà des indications importantes et orientent les objectifs de la dynamique mondiale, régionale et nationale pour les décennies à venir.

Les opinions exprimées dans cet article sont propres à l’auteur seulement et ne reflètent pas nécessairement les opinions ou les positions d’une institution, d’un Conseil d’administration ou d’un membre du personnel quelconque.

Notes

1    UNICEF  et  UNESCO : Le monde que nous voulons—Faire de l’éducation une priorité dans le programme de développement de l’après-2015 :  rapport de la consultation thématique mondiale sur l’éducation dans l’ordre du jour du développement pour l’après-2105, 2013. Disponible à http://www.unicef.org/education/ files/Making_Education_a_Priority_in_the_Post-2015_Develop- ment_Agenda.pdf.

2    Ibid.

3    « Faire de l’éducation une priorité dans l’ordre du jour du développement pour l’après-2015 : rapport de la consultation thématique mondiale sur l’éducation dans le programme de développement de l’après-2105 ».

4    Tous les chiffres et les données présentés ici sont fournis par l’UNESCO. 2011b. rapport mondial de suivi sur l’EPT 2011. La crise cachée : les conflits armés et l’éducation, Paris et l’UNESCO. Atlas mondial de l’égalité des genres dans l’éducation. Paris, 2012.

5    UNESCO—http://www.unesco.org/new/en/education/themes/leading-the-international-...

6    Ibid.

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