L’éducation dans le Programme de développement durable pour l’après-2015

Lorsqu’un objectif consacré uniquement à l’éducation a été inclus dans les objectifs de développement durable (ODD) proposés par le Groupe de travail ouvert (GTO) de l’Assemblée générale en juin 2014, la communauté internationale de l’éducation a poussé un soupir de soulagement.

Durant le processus du GTO, on avait craint que l’éducation ne soit pas considérée comme une question autonome ou, comme cela s’était passé en 2000, que la portée du programme international de l’éducation ne soit pas à la hauteur des attentes et de l’approche intégrée fixées par la communauté de l’éducation.

En effet, la communauté internationale, qui s’était réunie à Dakar en avril 2000, avait adopté six objectifs de l’Éducation pour tous (EPT) dans le cadre du Forum mondial sur l’éducation. Les États Membres des Nations Unies s’étaient engagés 1) à développer et à améliorer la protection et l’éducation de la petite enfance; 2) à fournir l’accès à un enseignement primaire obligatoire; 3) à améliorer l’acquisition de compétences nécessaires dans la vie courante; 4) à améliorer de 50 % les niveaux d’alphabétisation; 5) à instaurer l’égalité des sexes; et 6) à améliorer la qualité de l’éducation. Quelques mois plus tard, huit objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) ont été établis par les Nations Unies. Parmi ceux-ci figurait l’accès à l’éducation primaire pour tous (OMD 2), une cible sur la parité des sexes dans l’éducation faisant partie de l’objectif consacré à l’égalité des sexes et à l’autonomisation des femmes (OMD 3).

Dans le programme de développement pour l’après-2015, nous avons aujourd’hui une occasion formidable de fournir une vision plus ambitieuse pour l’éducation.

Les travaux préparatoires ont débuté il y a plus de deux ans, en 2012, lorsque la communauté internationale de l’éducation, dirigée conjointement par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), a tenu une vaste consultation pour définir l’ordre du jour en matière d’éducation pour les années à venir. Ce processus a débouché sur l’Accord de Mascate, adopté lors de la réunion sur l’EPT à Oman, en mai 2014.

La communauté internationale de l’éducation a reçu l’assurance que l’ODD 4 proposé, qui appelle la communauté internationale à « veiller à ce que tous puissent suivre une éducation de qualité dans des conditions d’équité et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie », était étroitement alignés sur l’objectif proposé dans l’Accord de Mascate. Si des différences existent entre les objectifs de l’Accord de Mascate et ceux proposés par le GTO, les sept cibles et les trois moyens de mise en œuvre dans le cadre de l’ODD 4 présentent un programme ambitieux qui ouvrira la voie à un programme transformatif pour l’avenir.

En tant qu’institution spécialisée des Nations Unies chargée de l’éducation, l’UNESCO est convaincue que l’éducation est un droit fondamental étroitement lié à la réalisation des autres droits. C’est donc un bien public pour l’humanité et le fondement de l’épanouissement personnel, de la paix, du développement durable, de l’égalité des sexes et de la citoyenneté responsable mondiale. En tant que catalyseur du développement, l’éducation est un élément essentiel de la réduction des inégalités et de la pauvreté; et le plein accès à une éducation de qualité à tous les niveaux est une condition indispensable pour accélérer la réalisation des autres objectifs de développement durable. En d’autres termes, le développement durable commence par l’éducation.

Les objectifs de l’EPT et les OMD, acceptés à l’échelle internationale, ont obtenu des succès décisifs au cours des 15 dernières années. Les pays ont mobilisé la volonté politique pour entreprendre des réformes et améliorer les systèmes éducatifs, et les donateurs ont aligné les politiques d’aide au développement et les priorités en matière d’éducation avec les cibles et les objectifs internationaux.

Depuis 2000, la communauté internationale a fait d’immenses progrès en matière d’accès à l’éducation, et l’éducation et l’apprentissage sont devenus une réalité pour des millions d’enfants et d’adolescents. Malgré une croissance démographique rapide, le nombre d’enfants en âge d’aller à l’école primaire non scolarisés a diminué de 42 % entre 2000 et 2012, le nombre de filles étant même plus important, avec une diminution de 47 %. Le nombre d’adolescents non scolarisés a également été réduit de 31 % entre 1999 et 2011; durant cette période, le taux de scolarisation dans l’enseignement préscolaire a augmenté de 33 à 50 %. Parmi 161 pays disposant de données, le nombre de pays ayant atteint l’égalité des sexes est passé de 91 en 1999 à 101 en 2011.

Ces succès remarquables montrent que les solutions réalisables et mesurables sont à portée de main pour libérer le potentiel d’apprentissage de tous et créer un monde prospère, sain, juste et équitable. La communauté internationale doit s’appuyer sur les réalisations et sur les leçons tirées au cours des 15 dernières années tout en continuant à identifier les solutions et les approches innovantes afin de s’atteler à la tâche inachevée du Programme de l’Éducation pour tous. Car si nous avons beaucoup progressé, on estime que 58 millions d’enfants ne sont toujours pas scolarisés et que près de 100 millions ne terminent pas l’école primaire. Près de 250 millions d’enfants quittent l’école sans savoir ni lire, ni écrire, ni compter à cause d’un enseignement de mauvaise qualité, tandis que près de 782 millions d’adultes, dont 64 % de femmes, ne maîtrisent pas les compétences de base en lecture et en écriture.

La situation de ces centaines de millions d’enfants, d’adolescents et d’adultes qui sont privés de leur droit à l’éducation ne doit pas être négligée ni oubliée. L’agenda pour l’éducation pour l’après-2015 doit examiner les obstacles persistants à l’éducation et à l’apprentissage ainsi que les nouveaux défis auxquels nous sommes confrontés.

Nous sommes à un point charnière. Les crises mondiales menacent d’annuler les progrès et de compromettre les futures réalisations. Nous constatons la dégradation croissante de l’environnement et l’intensification du réchauffement climatique, l’aggravation des perspectives de l’emploi pour les jeunes, des défis croissants en matière de migration et d’urbanisation, le ralentissement prolongé de l’activité économique ainsi que l’émergence de conflits violents. Il est temps d’établir et de définir les objectifs de développement durable pour s’attaquer aux défis de l’après-2015.

Dans le monde d’aujourd’hui, axé sur la technologie, les pressions exercées sur les apprenants, les entreprises et même sur les gouvernements sont également plus fortes. Les économies fondées sur le savoir exigent des types et des niveaux d’aptitudes et de compétences nouveaux alors que le manque d’accès à des niveaux de compétences et de connaissances plus élevées dans le domaine de l’information et de la communication accentuent la fracture du savoir entre les pays et en leur sein, ce qui a des conséquences importantes pour l’économie et l’emploi. L’UNESCO affirme sans équivoque que le meilleur moyen de relever ces vastes défis consiste à créer un agenda pour l’éducation pour l’après-2015 ambitieux, transformatif et non exclusif offrant un intérêt universel pour tous les pays, quel que soit leur niveau de développement. Elle préconise une vision de l’éducation humaniste et intégrée basée sur les droits et une perspective plus large de l’apprentissage tout au long de la vie afin de donner à chacun les moyens de réaliser le droit à l’éducation et d’apprendre tout au long de sa vie.

Alors que le processus intergouvernemental progresse aux Nations Unies à New York et en prévision du programme de développement pour l’après-2015 au Sommet extraordinaire en septembre 2015, la communauté internationale de l’éducation se prépare à soutenir la mise en application du futur agenda pour l’éducation au niveau des pays.

L’UNESCO, avec le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), l’UNICEF, ONU-Femmes et le Groupe de la Banque mondiale, convoquera le Forum mondial sur l’éducation 2015 qui sera accueilli à Incheon par le Gouvernement de la République de Corée, du 19 au 22 mai 2015. Il offrira aux responsables mondiaux de l’éducation, aux décideurs et aux représentants de la société civile, aux enseignants, aux experts et au secteur privé une plateforme unique pour prendre la mesure des réussites et des échecs de la mise en œuvre des objectifs de l’EPT et des OMD liés à l’éducation et convenir d’une position commune concernant l’objectif de l’éducation et les cibles du programme de développement pour l’après-2015. Il offrira aussi à la communauté internationale une occasion de déterminer la voie à suivre pour la mise en œuvre de ce programme par le biais d’un cadre d’action.

Pleinement consciente que des systèmes nationaux forts sont indispensables pour assurer de manière efficace un enseignement de qualité dans des conditions d’équité, l’UNESCO et ses partenaires du systèmes des Nations Unies et autres partenaires continueront de renforcer la coopération technique internationale pour soutenir les pays qui en ont le plus besoin. L’UNESCO continuera aussi à aider les pays à renforcer leurs capacités de suivi nationales tout en dirigeant la coordination et le suivi de la mise en œuvre de l’agenda pour l’éducation dans le cadre de l’après-2015 au niveau mondial. En s’appuyant sur le Rapport mondial de suivi sur l’EPT, qui publie chaque année depuis 12 ans des données établies à partir de celles de l’Institut de statistiques de l’UNESCO, le suivi régulier et indépendant pourra être assuré au niveau mondial.

La communauté internationale a réalisé des progrès considérables depuis le lancement du mouvement mondial pour l’Éducation pour tous à Jomtien, en Thaïlande, en 1990 et réaffirmé à Dakar en 2000. Si des progrès sans précédent ont été réalisés, la tâche est loin d’être terminée. Le chemin d’Incheon, en mai 2015, via New York, de septembre 2015 à 2030, s’ouvre devant nous. Galvanisée par un programme plus ambitieux et plus transformatif, la communauté internationale doit s’efforcer d’obtenir de meilleurs résultats, redoubler d’efforts et faire beaucoup plus si elle veut proclamer que l’éducation pour tous a été véritablement réalisée en 2030.