Il n’est jamais trop tard pour courir !

L’équipe de l’ONU au départ de la course Dash to the Finish Line à New York, le 31 octobre 2015, à laquelle plus de 230 coureurs de l’ONU ont pris part, y compris cinq représentants permanents et une vingtaine de diplomates. Le reste de l’équipe comprenait des membres du personnel de l’ONU et leur famille. ©UN-DPI/LINDSEY THOENG

 

        Ayant grandi à Ramallah, en Palestine, je n’ai jamais aimé courir ni beaucoup couru, à part sur de courtes distances en jouant avec d’autres enfants, pendant les cours d’éducation physique à l’école ou lors de manifestations pour échapper aux soldats. En 1986, je suis allé à Jérusalem courir avec un ami qui, chaque jour, faisait 45 à 50 minutes de course à pied pendant son heure de déjeuner. J’ai été épuisé au bout de 20 minutes et j’ai finalement pris l’autobus pour revenir à l’Arab Thought Forum, l’organisation non gouvernementale à Jérusalem-Est pour laquelle nous travaillions alors tous les deux. Ce fut le début et la fin de mon expérience en matière de course. J’avais alors une vingtaine d’années. Ce n’est qu’en 2013, vers la cinquantaine, que j’ai recommencé à courir.

        Le 1er novembre 2015, j’ai accompli quelque chose que je croyais impossible : le marathon de New York. C’était mon premier marathon et en franchissant la ligne d’arrivée, je me suis dit que ce serait le dernier. Je savais que courir 42,2 km serait une épreuve épuisante, mais cela a été plus difficile sur le plan mental et physique que je ne l’avais pensé et je me suis juré de ne jamais recommencer.

        Terminer le marathon n’était pas pour moi une fin en soi. À la fin de mes études secondaires, j’ai reçu une bourse de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), ce qui était une bonne nouvelle pour ma famille, car nous étions six enfants et trois de mes frères et sœurs étaient déjà étudiants. Pour les réfugiés palestiniens, fournir une éducation à leurs enfants est le meilleur investissement qu’ils puissent faire. Les familles sont prêtes à se sacrifier pour s’assurer que leurs enfants terminent leurs études et, si possible, aillent à l’université et obtiennent le diplôme le plus élevé qu’ils peuvent. Au cours des années, le nombre de bourses accordées aux réfugiés palestiniens par l’UNRWA a diminué et est tributaire des contributions des donateurs. En tant qu’ancien bénéficiaire du programme, j’ai décidé de faire mon possible pour aider les étudiants nécessiteux à obtenir leur diplôme universitaire tant convoité et pour lequel leur famille prie jour et nuit pour qu’ils l’obtiennent.

        Je suis devenu membre de l’organisation New York Road Runners, j’ai acheté des chaussures de course et j’ai participé en avril 2013 à une course de 6,5 km à Central Park. Depuis, j’ai participé à environ 30 courses, y compris trois semi-marathons, un marathon, cinq courses de 10 km et diverses courses de 6,5 à 8 km. Lorsque vous participez à une course, vous ne pouvez qu’être porté par l’énergie et l’enthousiasme des milliers de coureurs qui vous entourent. Qu’il fasse beau ou qu’il pleuve, les coureurs de tous les âges et de tous les niveaux s’alignent et attendent impatiemment le signal du départ avant de s’élancer à des vitesses et dans des styles différents. Pour la plupart, l’objectif est de terminer et, peut-être, de battre leur propre record sur cette distance. Pour moi, les courses étaient également intégrées aux programmes d’entraînement aux semi-marathons ou au marathon de New York. Elles m’ont beaucoup motivé à poursuivre l’entraînement et me changeaient des courses solitaires le long de l’East River, à Central Park ou sur le tapis roulant. Elles m’ont aussi permis d’être automatiquement inscrit au marathon de l’année suivante. Vous rencontrez d’autres coureurs qui vous font part de leurs objectifs et de leurs aspirations et, dans de nombreux cas, des causes pour lesquelles ils recueillent des fonds, comme pour la recherche sur le cancer, une association caritative locale ou le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

        En 2014, ayant appris mon nouvel intérêt pour la course à pied, trois collègues m’ont demandé de participer à une course appelée Run 10 Feed 10, qui devait avoir lieu le 21 septembre de cette année-là. Pour cet événement, chaque coureur pouvait choisir la cause pour laquelle il souhaitait lever des fonds. J’ai choisi l’appel d’urgence pour Gaza lancé par l’UNRWA pour permettre de nourrir 10 familles pendant un mois; 1 080 dollars permettent de fournir des produits alimentaires de première nécessité à une famille. Je n’ai pas réussi à atteindre mon objectif initial, mais les 5 350 dollars que j’ai recueillis ont permis de nourrir 5 familles pendant un mois. Fort de cette expérience et commençant à m’entraîner en juin 2015 pour le marathon de New York, j’ai créé une page de recueil de fonds sur une plate-forme de financement participatif que j’ai partagée sur Facebook et par e-mail avec ma famille, mes amis et mes collègues. Au cours des semaines, j’ai rendu régulièrement compte de mes progrès et des fonds recueillis. Je leur suis reconnaissant pour l’énorme soutien et les encouragements reçus. Chaque fois que j’étais prêt à abandonner l’entraînement parce que j’étais fatigué ou qu’il faisait trop chaud ou trop froid, je me rappelais le nombre de personnes qui contribuaient à ma cause et les messages réconfortants envoyés par tous ceux qui soutenaient pleinement cette cause pour laquelle je recueillais des fonds. Je mettais alors mes chaussures et parcourais la distance qui m’avait été assignée ce jour-là. Si je n’avais pas axé la course sur le recueil de fonds et reçu un très grand soutien, je n’aurais pas couru quelque 800 kilomètres en 20 semaines en vue du marathon ou été capable de le terminer. Être engagé envers un objectif ayant une incidence sur la vie d’autres personnes a été essentiel pour me forcer à trouver le temps et l’énergie pour courir 40 à 50 kilomètres par semaine.

        Pendant les 20 semaines d’entraînement au marathon, j’ai recueilli 29 000 dollars. Grâce au soutien et à la générosité de ma famille, d’amis et de collègues, Yasmin, Nour et Warda ont reçu une bourse qui couvrira leurs frais d’inscription dans une université pendant quatre ans. Yasmin étudie l’anglais et la littérature anglaise à l’Université de Birzeit, près de Ramallah, et Nour étudie l’anglais à l’Université An-Najah National à Naplouse. Warda poursuit des études à l’Université Al-Aqsa, à Gaza, pour devenir enseignante. Ces trois jeunes femmes ont obtenu des notes entre 96,6, et 97,6 au Tawjihi, le diplôme de fin d’études secondaires que tous les élèves palestiniens terminant l’école secondaire doivent passer. Une quatrième bourse n’a pas pu être accordée, car l’UNRWA exige que les donateurs garantissent 8 000 dollars pour couvrir les frais pendant quatre ans d’études et il me manquait 3 000 dollars.

        Pour me préparer au marathon de New York, je me suis inscrit à un programme d’entraînement en ligne, j’ai joint un groupe de participants au programme sur Facebook et j’ai demandé des conseils auprès de ceux qui avaient déjà couru le marathon, par exemple sur les meilleures chaussures, les vêtements les plus adaptés, le meilleur moment de la journée pour s’entraîner, comment bien s’hydrater et adopter le meilleur régime alimentaire, ce qu’il faut manger le soir précédant le marathon et comment rester concentré et motivé. Tout le monde a, bien sûr, mentionné  « le mur », le point auquel l’organisme et l’esprit veulent abandonner la course et où on éprouve le désir impérieux d’arrêter. Ce phénomène se produit généralement entre le 33e et le 37e kilomètre, qui est la plus longue distance d’entraînement avant un marathon. Lorsque j’ai couru le marathon de New York, j’ai été étonné que tout le monde parle « du mur », mais que personne ne mentionne la première baisse de régime, qui survient au 22e kilomètre, puis une autre, au 28e ou, pire encore, celle qui survient au 40e où les jambes ne répondent plus. À ce stade, il faut vraiment se forcer à terminer le dernier kilomètre et la dernière ligne droite, longue, très longue, le long de Central Park jusqu’à la ligne d’arrivée dans le parc.

        En finissant le marathon de 2015, j’ai terminé le programme « 9+1 » – neuf courses et une possibilité de bénévolat – condition requise pour participer à la course de l’année suivante. Lorsque j’ai reçu l’e-mail de New York Road Runners, je n’ai donc pas hésité à m’inscrire au marathon 2016. Comme en 2015, je commencerai bientôt à recueillir des fonds afin d’octroyer un plus grand nombre de bourses en Palestine. J’espère battre le record de l’année dernière et permettre à davantage de jeunes femmes et de jeunes hommes de réaliser leurs aspirations et de poursuivre des études universitaires.