Il faut sauver l’humanité de son indifférence sociale


À l'initiative du roi Abdullah bin Abdul-Aziz Al Saud d'Arabie saoudite, les dirigeants mondiaux ont participé les 12 et 13 novembre 2007 au Siège de l'ONU à New York à une conférence sur le dialogue interreligieux et interculturel pour promouvoir une culture de la paix. Parmi les chefs d'État et de gouvernement et les hauts fonctionnaires qui ont pris la parole figuraient le Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon, le roi Abdullah, le Président israélien Shimon Peres, le Président afghan Hamid Karzai, le cardinal Jean-Louis Tauran, Président du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux au Vatican, le Premier Ministre Salam Fayyad de l'Autorité nationale palestinienne, le Président des États-Unis George W. Bush et le Président pakistanais Asif Ali Zardari.
À l'ouverture de la réunion, Miguel d'Escoto Brockmann, Président de la soixante-troisième session de l'Assemblée générale a déclaré que la crise actuelle à laquelle le monde était aujourd'hui confronté était due à un « égoïsme insensé et suicidaire ». Il a rappelé que le but de la réunion n'était ni de discuter de religion ni de théologie mais d'« unir nos forces en tant que croyants ou adeptes de principes moraux afin de puiser dans nos valeurs morales et de nous soucier du destin d'autrui ».
De son côté, le Secrétaire général Ban Ki-moon a estimé que la mondialisation n'avait pas seulement uni le monde, mais l'avait aussi divisé en créant des sociétés polarisées, en exploitant l'islamophobie, l'antisémitisme ainsi que les stéréotypes et les préjugés culturels négatifs. Il a indiqué que le plus grand défi actuel était d'assurer que la riche diversité culturelle mondiale crée un environnement plus sûr pour l'avenir de l'humanité. Il a souligné l'importance d'instaurer « un dialogue constructif » auquel participeraient de nombreuses parties comme les institutions, les membres de la société civile, les responsables gouvernementaux, les universitaires, les idéologues et surtout les jeunes.
Pour sa part, le roi Abdullah a indiqué que le terrorisme et la criminalité avaient toujours été des ennemis des religions et des civilisations. « L'aliénation et le sentiment de désarroi qui affectent les jeunes sont principalement dus à la dissolution des liens familiaux que Dieu a voulu forts et solides », a-t-il ajouté, espérant que le dialogue permettrait de réinstaurer et de réaffirmer ces valeurs et ces principes importants.
Le Président Shimon Peres a commencé son discours en posant des questions dont les réponses seraient identiques quels que soient les pays et les cultures : « Dans notre région, les enfants portent les noms de prophètes qui sont sacrés pour nous tous. Pourquoi, Moïse, Moshé et Musa, et Abraham, Abrahim et Ibrahim grandiraient dans l'animosité et se considéreraient comme des ennemis ? Comme l'a dit notre prophète : «N'avons-nous pas tous un seul père ? N'est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? Pourquoi donc nous trahissons-nous les uns les autres en profanant l'alliance de nos pères ?». S'adressant au roi Abdullah, le Président Peres a fait remarquer: «Votre majesté, roi de l'Arabie saoudite, j'ai écouté votre message. Je souhaite que votre voix devienne la voix dominante de toute la région, de tous les peuples. Ce message est juste. Il est nécessaire.» Faisant allusion au conflit arabo-israélien, il a expliqué que le but d'Israël était de mettre fin au conflit, d'établir un accord de paix et d'assurer la sécurité pour tous les États de la région. Il a ajouté que le dialogue contribuerait à promouvoir une plus grande compréhension et à construire un monde meilleur.
Le Président Hamid Karzai a dit aux participants que « toutes les religions du monde reflètent et nourrissent le désir inné de tous les êtres humains pour la paix et la réalisation de soi ». Les conflits et les confrontations n'ont pas pour origine la religion mais la poursuite d'objectifs politiques étroits par des religieux ou des idéologues politiques, a-t-il estimé. Il a conclu en rappelant qu'il était impératif de vaincre « la peur et haine qui sont en nous ».
Le cardinal Jean-Louis Tauran a estimé que les « Nations Unies doivent être une école de la paix », où tous les États Membres sont égaux. Citant le pape Benoít XVI, il a rappelé que la paix était compromise par l'indifférence, ajoutant que lorsque les gens se rassemblaient dans les temples, les églises et les synagogues pour prier, ils faisaient l'expérience de la fraternité et se rappelaient que l'homme ne vivait pas seulement de pain.
Salam Fayyad a noté que la tolérance et la coexistence des religions ne pouvaient être encouragées qu'en approfondissant le dialogue vers la paix. Il a appelé tous les États Membres à soutenir ces principes fondamentaux et à créer une culture de la tolérance qui assure le droit aux croyances religieuses et à la dignité. « Le peuple palestinien, les musulmans et les chrétiens aspirent à la paix et à la justice et sont engagés à promouvoir les principes de la coexistence pacifique », a-t-il déclaré, promettant de poursuivre ses efforts pour promouvoir une paix durable fondée sur la justice et le respect de tous les droits afin que le peuple palestinien ne soit pas une victime mais participe à l'histoire.
Lors de la deuxième journée du dialogue de haut niveau, le Président Bush a dit aux participants que la liberté religieuse était « la base d'une société saine et pleine d'espoir » et que le meilleur moyen de la sauvegarder était de répandre la démocratie. Il a expliqué que dans une démocratie, les gens pouvaient défendre leurs croyances religieuses et s'ériger contre ceux qui exploitaient la religion à des fins subversives. Il a remercié les participants d'avoir reconnu le « pouvoir transformateur et motivant » de la foi.
Le Président Zardari a rallié ceux pour qui la croyance en un seul Dieu unique unit tous les hommes. Il a condamné les attaques terroristes et souligné que le Pakistan avait aussi été victime du terrorisme. Il a déploré la peur grandissante de l'islam et proposé l'élaboration d'un agenda international où « la discrimination fondée sur la religion est découragée, les discours incitant à la haine ne sont pas tolérés et l'islamophobie et l'antisémitisme sont combattus ».
Ekmeleddin Ihsanoglu, Secrétaire général de l'Organisation de la Conférence islamique (OIC) a indiqué que le dialogue n'était pas une initiative visant à prêcher l'unité des religions mais plutôt à discuter et à prendre conscience des points communs entre toutes les religions. S'exprimant au nom de la seule organisation intergouvernementale du monde musulman, il a indiqué que l'oic croyait fermement que la diversité des cultures et des religions était une part reconnue et essentielle du monde.
La réunion a conclu avec l'adoption d'une résolution approuvée par consensus réaffirmant l'engagement solennel des Nations Unies à promouvoir le respect universel de tous les droits de l'homme et des libertés fondamentales, conformément à la Charte de l'ONU et de la Déclaration universelle des droits de l'homme.
Le Président de l'Assemblée M. Brockmann a déclaré que la réunion avait envoyé un message clair en indiquant que nous devions réinstaurer les valeurs de fraternité et de solidarité si nous voulions éviter l'autodestruction. Il a ajouté que même si nous sommes responsables de la crise actuelle, la communauté internationale pouvait la combattre par des mesures courageuses, un engagement collectif et une responsabilité partagée, en particulier en changeant de façon urgente les conditions de vie de millions de personnes qui vivent dans la pauvreté extrême.