Faire participer les oubliées : Les femmes et le développement durable mondial

L'idée de proclamer chaque année une journée reconnaissant la situation des veuves dans le monde s'est concrétisée avec l'Assemblée générale des Nations Unies déclarant le 23 juin Journée internationale des veuves. Dans un message adressé l'année dernière, le Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon a souligné que « cette Journée internationale des veuves offre l'occasion d'attirer l'attention sur les nombreuses difficultés que connaissent les femmes lorsque leur mari meurt. Plongées dans le chagrin, les veuves se retrouvent parfois sans filet de protection sociale pour la première fois depuis leur mariage. Trop souvent, elles sont privées du droit d'hériter, de droits fonciers, de l'accès à l'emploi et même des moyens d'assurer leur survie. Dans les régions où le statut social d'une femme dépend de celui de son mari, les veuves peuvent, du jour au lendemain, être frappées d'ostracisme et d'isolement. Qu'il soit désiré ou non, le mariage peut alors être pour une veuve le seul moyen de retrouver une place dans la société. Il y a environ 245 millions de veuves dans le monde, dont plus de 115 millions vivent dans une extrême pauvreté. Dans les pays touchés par un conflit, les femmes deviennent souvent veuves lorsqu'elles sont encore très jeunes et ont alors pour lourde charge de prendre soin de leurs enfants sans aide ni soutien, au milieu des combats, parfois jetées sur les routes. Certaines de ces veuves sont encore des adolescentes, certaines sont plus jeunes encore. La mort de leur mari peut avoir de terribles conséquences que ces femmes devront supporter pendant le reste de leur vie. »

L'émouvant message du Secrétaire général rappelle une histoire. L'histoire d'une fille mariée à un très jeune âge et brutalisée.

Mariée à 12 ans, elle était veuve à 16 ans et à 18 ans, travaillait dans l'industrie du sexe. Ses malheurs ont débuté peu après la mort de son mari. Elle s'était résignée à vivre dans l'anonymat jusqu'à ce que son beau-frère, le frère aíné de son mari, la viole. Il l'a menacée, si elle parlait, de dire qu'elle l'avait séduit en se déshabillant devant lui et d'être alors chassée de la maison. Mais, un destin encore plus catastrophique l'attendait : un jour, sa belle-sœur a trouvé son mari en sa compagnie, et elle a été jetée à la rue.

Cette histoire affreuse est celle d'une enfant veuve d'une famille pauvre. Mais, même dans les familles aisées, les veuves plus âgées sont souvent forcées de mener une vie misérable.

Cet abandon est le point culminant de la vie d'une veuve, qui a été construite autour de son mari. Rejetée par la famille, par la société, et du monde dans lequel elle vivait et qu'elle connaissait, elle est abandonnée à son sort. Elle est mise à l'écart de sa famille et au ban de la société. Elle est privée de tout ce qu'elle avait lorsqu'elle était mariée. La mort de son mari a assombri sa vie. Elle n'a ni soutien émotionnel, ni espoir, ni avenir. Vivant dans l'isolement et dans l'ombre, elle partage le sort de millions de femmes dans le monde - 245 millions en 2010, selon le Rapport de recherche sur les veuves parrainé par la Fondation Loomba.

Les organismes internationaux, les organisations de femmes et les gouvernements ont contribué à l'élaboration de projets de lois contre la discrimination et pris des mesures pour réduire la pauvreté, mais presque toutes ces mesures concernent les femmes en général. Pourtant, dans les pays en développement, une veuve est rarement traitée comme une autre femme. Les mesures visant à aider les femmes leur bénéficient rarement et n'ont fait que perpétuer les abus dont elles sont victimes. Elles perdent non seulement leur mari, mais aussi leur protecteur. Chassées et bannies, elles sont rejetées par leur famille et par leur communauté. En conséquence, les programmes de réduction de la pauvreté ou de lutte contre la discrimination mis en œuvre par les organisations internationales ou les organisations de femmes leur profitent rarement.

La situation dans laquelle ma mère s'est trouvée après la mort précoce de mon père m'ont décidé de m'occuper de l'éducation des enfants des veuves pauvres. Cela donnerait non seulement de l'espoir aux veuves, mais assurerait aussi à leurs enfants les qualifications et les opportunités nécessaires pour envisager un avenir autre que celui de la pauvreté.

JOURNÉE INTERNATIONALE DES VEUVES

La Journée internationale des veuves a été lancée par la Fondation Loomba en 2005 à la Chambre des Lords à Londres et, au cours de cinq années suivantes, nous avons mené des campagnes pour que cette journée soit reconnue à l'échelon international dans le cadre d'une action soutenue, efficace et globale afin de transformer de manière radicale et durable la situation des veuves.

En 2006, nous avons tenu une conférence internationale sur cette question au Bureau des affaires étrangères à Londres où des veuves de dix pays ont pris la parole, ainsi que Cherie Blair, Hillary Clinton, la Ministre indienne Renuka Chowdhury, Yoko Ono et le Secrétaire général du Commonwealth Don McKinnon. La Fondation a ouvert des bureaux aux États-Unis et au Canada et organisé des réunions aux Nations Unies, mobilisant l'attention et l'appui de dirigeants comme le Président rwandais Paul Kagame et l'ancien Secrétaire général des Nations Unies Kofi Annan.

Le Président gabonais Ali Bongo Ondimba et son épouse, Sylvia Bongo Ondimba, ont personnellement apporté leur soutien à la campagne et, finalement, en décembre 2010, l'Assemblée générale des Nations Unies a adopté la résolution du Gabon qui reconnaissait officiellement le 23 juin comme Journée internationale des veuves.

Célébrant pour la première fois la Journée internationale des veuves le 23 juin 2011, des veuves, des activistes de la société civile et des organisations non gouvernementales (ONG), des diplomates, des responsables de l'ONU ainsi que d'autres dignitaires ont assisté à une conférence à l'ONU à New York pour attirer l'attention sur le sort des veuves et de leurs quelque 500 millions d'enfants dans le monde. Bon nombre de veuves vivent dans des conditions de pauvreté et de dégradation extrêmes et sont victimes de nombreuses formes de violence. Améliorer le sort de ces femmes est au centre des Objectifs du Millénaire pour le développement et de la justice sociale et économique pour les femmes. Les débats de la conférence ont été animés par Gillian Tette, rédactrice du Financial Times. Parmi les participants figuraient Michelle Bachelet, Directrice exécutive de ONU Femmes; la Première Dame Sylvia Bongo Ondimba, Cherie Blair, le Président de la Fondation Loomba; Ban Soon-taek, l'épouse du Secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon; et Amir Dossal, fondateur du Forum mondial des partenariats.

À la veille de la première Journée internationale des veuves, l'artiste Yoko Ono a inauguré aux Nations Unies une œuvre en l'honneur des veuves du monde entier. En outre, une collection de peintures à l'huile et à l'acrylique mettant en évidence le sort des veuves a été exposées par l'artiste Reeta Sarkar établie à Londres, qui l'a dédiée à sa grand-mère, Shrimati Pushpa Wati Loomba qui inspiré la Fondation Loomba.
La désignation d'une journée internationale pour la reconnaissance des droits des veuves par les Nations Unies résulte de la vérification indépendante des niveaux de violence et de privation auxquelles sont confrontées des centaines de millions de veuves dans le monde. Depuis sa création en 1997, la Fondation Loomba s'emploie à défendre les droits des veuves dans le monde. Au cours des douze derniers mois, elle a continué ses programmes d'éducation et d'autonomisation en Inde ainsi que dans d'autres pays d'Asie du Sud et d'Afrique. Elle a également organisé des évènements dans de nombreux pays pour sensibiliser au sort des veuves et aux fonds dont elle a besoin pour les aider.

En 2012, lors de la Journée internationale des femmes, la Fondation Loomba lancera un nouveau projet pour autonomiser 10 000 femmes pauvres en Inde en faisant don d'une machine à coudre à chacune d'elles. Elles suivront également un cours de formation de deux semaines pour apprendre à confectionner des vêtements. Pour lever des fonds pour ce projet, la Fondation organisera une Marche des célébrités au pont de Londres avec des femmes célèbres du monde entier. La marche sera suivie d'un banquet à Whitehall, à Londres, avec la présence du Premier Ministre adjoint du Royaume-Uni, Nick Clegg, et de la Ministre en chef de Delhi, Shrimati Sheila Dikshit. Le succès de cet effort montrera les progrès réalisés pour améliorer le statut des veuves - de femmes frappées d'ostracisme et d'isolement à celles inspirant la pitié et la compassion, elles sont devenues aujourd'hui des femmes qui participent pleinement au développement durable. La machine à coudre est un symbole et une affirmation de cette identité; elle permet, à partir de matières premières d'origine locale, de confectionner des vêtements esthétiques, à un prix abordable et adaptés aux saisons et au climat de la région. Cette transformation a vu le jour grâce aux compétences, aux efforts et à l'ingéniosité humaine de femmes fières et résolues qui ont perdu leur mari, mais qui ont une vie et peuvent encore l'enrichir.

Le vêtement que chaque veuve confectionnera est aussi une métaphore. Car, comme le Secrétaire général nous l'a rappelé l'année dernière, « malgré les nombreuses difficultés qu'elles doivent affronter, de nombreuses veuves apportent de précieuses contributions à leur pays et à leur communauté [..]. Elles accueillent des orphelins, deviennent dispensatrices de soins et interviennent auprès des belligérants afin de réparer le tissu social ». Dans nos efforts visant à développer et à soutenir ce précieux tissu, nous avons la chance d'avoir à nos côtés le potentiel d'une ressource vaste et inépuisable.