Est-il encore nécessaire de diffuser un enseignement sur les Nations Unies ?

Faut-il diffuser un enseignement sur les Nations Unies ? Absolument – aujourd’hui peut-être plus que jamais. Avec une population mondiale en constante augmentation, la nécessité de mieux informer les jeunes et de les sensibiliser à l’Organisation représente un défi continu qu’on ne peut ignorer.

Si l’Organisation veut rester fidèle à sa Charte et à la Déclaration universelle des droits de l’homme, elle doit continuer de promouvoir ce type d’éducation pour cette génération et les générations futures de jeunes. Des classes primaires à l’université, ce défi nécessite un engagement analogue des partenaires des Nations Unies au sein de la société civile et des organisations non gouvernementales (ONG).

Tant que les élèves ne seront pas sensibilisés et qu’ils ne comprendront pas le mandat et le rôle de l’ONU dans la mise en place d’un monde plus sûr et plus humain, un nombre beaucoup trop important d’échecs seront simplement répétés. Tant que les élèves ne comprendront pas la nature, l’envergure et l’importance des questions mondiales auxquelles l’ONU et ses membres sont confrontés, leur créativité et leur ingéniosité auront moins de chances d’être employées pour résoudre ces questions. Tant que les élèves ne découvriront comment et où ils pourront un jour mettre leur enthousiasme à contribution pour travailler au sein du système des Nations Unies et/ou soutenir ses activités par le biais de ses ONG, plus l’Organisation mondiale sera démunie. Tant que les élèves n’apprendront pas à reconnaître les fausses allégations concernant l’ONU et les critiques injustes dont elle est l’objet, plus le chemin pour surmonter des questions comme les violations des droits de l’homme, la pauvreté, l’alphabétisme, le changement climatique et le terrorisme sera difficile.

Si d’importantes réalisations ont été accomplies dans la création d’un matériel pédagogique et d’un environnements éducatif, en particulier dans les pays développés et en anglais, il est clair qu’on peut faire davantage dans bon nombre de pays moins développés et dans les cinq autres langues officielles de l’ONU.

Commençant avec le programme éducatif relatif à l’enseignement primaire et secondaire et continuant avec celui de l’enseignement supérieur, il est important de mettre à jour et d’améliorer le programme existant et, en même temps, d’encourager le développement de nouvelles unités et leçons. Plus spécifiquement, il existe au moins six impératifs :

  1. En ce qui concerne la situation des nations moins développées et celles en développement, il est important que les élèves apprennent comment l’ONU, depuis sa création, a joué un rôle majeur dans la décolonisation et l’émergence de 80 nouveaux États souverains. Ces faits historiques permettent de mieux comprendre les difficultés que ces nations ont dû surmonter pour devenir indépendantes.
  2. Un autre aspect étroitement lié est la nécessité de connaître l’immense fossé qui sépare les nantis et les pauvres. Sans cette perspective plus large, les jeunes générations ont moins de chances de contribuer au développement de nouveaux moyens visant à réduire les ravages provoqués par la pauvreté, la faim, la malnutrition, les maladies, l’eau non potable, l’érosion du sol et autres conditions que subissent les pauvres.
  3. Une partie importante de ce processus éducatif consiste à apprendre comment le Programme alimentaire mondial, l’Organisation mondiale de la santé, le Programme des Nations Unies pour le développement et l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, entre autres, améliorent à la fois la vie des nantis et celle des pauvres.
  4. À une plus grande échelle, les jeunes doivent se familiariser avec les objectifs essentiels de chacun des huit Objectifs du millénaire pour le développement adoptés par l’Assemblée générale en 2000 ainsi qu’avec les résultats obtenus et ceux qui ne le seront probablement pas à la date butoir de 2015.
  5. Comprendre les conséquences pour ces programmes et d’autres programmes de l’ONU lorsque les États Membres ne versent pas leurs contributions ou ne les versent pas en temps voulu, lorsque les engagements financiers sont honorés partiellement, lorsque la lassitude des États Membres plus nantis l’emporte et que, dans de nombreuses parties du monde, la classe moyenne est en péril permettra de stimuler les efforts des jeunes d’aujourd’hui et de demain en vue de réduire et d’inverser ces obstacles.
  6.  Il est nécessaire de comprendre la portée de l’ONU et son impact sur la vie quotidienne des populations de l’Afghanistan au Zimbabwe, mais aussi d’examiner soigneusement la nature et la responsabilité de ses organes principaux:

º Le Conseil de sécurité

Les élèves connaissent peut-être le mieux le Conseil de sécurité, étant donné sa responsabilité principale en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales et de son apparition fréquente à la une des journaux et dans les informations radiodiffusées et télévisées. Mais sans une étude plus approfondie, comment les jeunes peuvent-ils bien comprendre et évaluer les dimensions politiques des délibérations du Conseil ainsi que les situations lorsque ses décisions ou son manquement à agir font polémique dans les médias et la société civile ? C’est particulièrement important lorsque le recours au veto ou la menace d’y recourir freine ou suspend le résultat recherché par la majorité. Débattre en classe du bien-fondé du veto ou de l’augmentation du nombre de membres du Conseil permanent peut être extrêmement important.

º L’Assemblée générale

En tant qu’instance pour ses 193 États Membres, l’Assemblée générale est une autre dimension de l’Organisation des Nations Unies qui exige l’attention continue des élèves. Les fonctions de l’Assemblée, les commissions principales et les actions récentes ne devraient-elles pas être des sujets importants à aborder en classe aujourd’hui et demain ? Les jeunes ne devraient-ils pas comprendre pourquoi chaque État Membre, y compris le leur, a droit à un seul vote, quelle que soit sa taille ?

º Le Secrétariat

Si les jeunes savent que le Secrétaire général actuel s’appelle Ban Ki-moon et se souviennent peut-être des secrétaires précédents comme Kofi Annan ou Dag Hammarskjöld, quelle est l’étendue de leurs connaissances concernant le Secrétariat ? Sans programme éducatif pour souligner les fonctions et les tâches assignées à cet organe, quelle idée les jeunes peuvent-ils s’en faire ? Quelle importance accordent-ils à ses déclarations lorsqu’il utilise sa position pour articuler les perspectives mondiales ?

º Le Conseil économique et social

Parmi les organes moins connus, le rôle du Conseil économique et social dans le traitement des questions économiques et sociales échappe à de nombreux jeunes, sans parler des adultes. Ses objectifs et son soutien aux États Membres dans des domaines comme le commerce, le développement économique et les transports devraient être étudiés dans les classes actuelles et futures.

º La Cour de justice internationale

Les futurs diplomates et fonctionnaires qui poursuivent actuellement leurs études peuvent apprendre beaucoup des affaires dont la Cour internationale de justice est saisie et des décisions qu’elle rend. Même ceux qui n’ont pas ces ambitions de carrière doivent pouvoir comprendre les raisons pour lesquelles les États Membres ont recours à la Cour internationale pour juger les différends qui les opposent.

º Le Conseil de tutelle

Bien que sa mission principale ait été accomplie, l’histoire du Conseil de tutelle, créée après la Deuxième Guerre Mondiale pour surveiller l’administration d’une douzaine de territoires en Afrique et dans l’océan Pacifique, offre aux élèves des leçons importantes sur la réalisation de la pleine autonomie. Il serait dommage de les priver de ces leçons et des leçons identiques liées aux Nations Unies.

Dans les années à venir, il sera certainement de plus en plus difficile de se tenir au courant de tout ce qui transpire au sein de l’Organisation. Étant donné qu’un grand nombre d’événements, de décisions et d’activités de l’Organisation mondiale auront un impact sur la vie quotidienne de chacun de nous, qui peut contester la nécessité de diffuser un enseignement aux jeunes sur les Nations Unies aujourd’hui et demain ? Ces connaissances doivent être disponibles à ceux qui ont à cœur le devenir de notre village mondial.

Comme toutes les institutions humaines, l’Organisation des Nations Unies souffre de ses imperfections. Dans le cadre d’un enseignement, il serait donc important non seulement de souligner ses réussites, mais aussi de tenir compte des limites et de la faiblesse qui affectent sa performance. Sans cette franchise, les élèves auront du mal à se faire une idée personnelle.

Alors que la majorité écrasante des élèves ne poursuivra probablement pas une carrière dans des domaines comme le gouvernement, les affaires internationales ou le système de l’ONU, ou n’aura pas les compétences nécessaires, elle se tournera vers des emplois dans le commerce, les industries de service, les technologies, l’agriculture et d’autres activités essentielles. La façon dont ces élèves perçoivent l’ONU et les questions mondiales est importante, car leurs points de vue influeront très probablement sur la façon dont les dirigeants locaux, régionaux et nationaux relèveront les défis sociétaux.

Les perspectives équilibrées des Nations Unies sont même plus importantes pour ceux qui occuperont des postes de dirigeants à la fois dans le gouvernement et en dehors. Leur influence se fera sentir aux plus hauts niveaux de la société civile et contribuera finalement à rehausser l’efficacité de l’ONU, directement et indirectement. Avec une base solide de l’histoire, des fonctions et des capacités de l’ONU, ils seront mieux armés pour trouver les moyens d’atteindre les objectifs positifs et pratiques qui, dans le passé, étaient hors de portée de l’Organisation.

La question n’est donc pas de savoir s’il est nécessaire de diffuser un enseignement sur les Nations Unies, mais comment améliorer et diffuser cet enseignement dans les parties du monde où il fait défaut, où il est mal diffusé ou diffusé de manière négative.

Il faut reconnaître l’immense mérite des programmes des Nations Unies comme Cyberschoolbus ainsi que les bibliothèques de l’ONU et leurs ressources disponibles sur Internet et dans d’autres médias comme Facebook et YouTube. Les sites Web de nombreuses institutions et de nombreux programmes du système de l’ONU offrent un matériel unique pour l’éducation et la société civile.

L’Impact universitaire des Nations Unies, une initiative lancée il y a tout juste trois ans qui réunit les institutions d’études supérieures et les Nations Unies, contribue aussi à faire avancer les principes éducatifs de base. Les institutions participantes se sont engagées à utiliser l’éducation pour étudier des questions mondiale comme les droits de l’homme, l’alphabétisation, le développement durable et le règlement des conflits.

L’Association des États-Unis pour les Nations Unies (UNA–USA), une division de la Fondation des Nations Unies, joue un rôle moteur dans la création d’un programme destiné aux enseignants. Mieux connue pour son matériel relatif à « l’ONU mise en scène », elle offre depuis 2000 un programme scolaire mondial destiné aux enseignants. Dans la description de ce matériel, le site Web d’UNA-USA explique que chaque unité est centrée sur des questions spécifiques qui ont été au premier plan des débats importants dans les affaires internationales. Au sein de ce programme se trouvent les unités qui traitent des économies de la mondialisation, du maintien de la paix, du développement durable et des droits de l’homme.

L’organisation que je préside, la Commission pour la diffusion d’un enseignement sur les Nations Unies (CTAUN)1, présente des conférences annuelles au Siège de l’ONU. Ces conférences, ainsi qu’un certain nombre d’autres conférences à Atlanta, à Austin, à Dallas et à Indianapolis, présentent un examen approfondi d’une question mondiale actuelle ou émergente ou de questions connexes. Conçus pour les éducateurs, les administrateurs, les dirigeants de communautés et d’autres citoyens intéressés, les symposiums de la CTAUN permettent aux spécialistes et à d’autres représentants des universités et de la société civile de mieux comprendre l’ONU.

Ces réunions comprennent non seulement des Foires d’information coordonnées avec les thèmes de la conférence, mais encouragent aussi à soumettre des instructions ou des activités scolaires nouvelles et innovantes fondées sur les soumissions pour les prix des meilleures pratiques de la conférence de l’année précédente. Vous pouvez consulter les rapports des conférences et d’autres informations sur le site www.teachun.org.

Il est nécessaire non seulement de se tenir au courant des développements en perpétuelle évolution, mais aussi de souligner le besoin continu et universel de diffuser un enseignement sur les Nations Unies ainsi que sur les questions existantes et émergentes traitées par cette Organisation. Des nouvelles technologies aux nouvelles ressources, en passant par l’immensité des nouveaux défis, nous aussi avons beaucoup à apprendre.   ❖

Notes

1    Une commission composée des représentants d’organisations nongouvernementales et de la société civile.