De la COP21 au nouveau programme pour les villes

Nous sommes à quelques jours de l’ouverture de la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques à Paris (COP21). Un nouvel accord sur le climat marque une étape importante pour la mise en œuvre du programme de développement durable mondial. En plus de réaliser un accord ambitieux sur le climat, de régler le financement pour lutter contre le changement climatique et de mobiliser toutes les parties prenantes, d’autres éléments sont cruciaux pour assurer la réussite de la COP21. C’est une occasion unique d’avancer sur la voie de la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon de 2030 et de ses objectifs (ODD) et d’ouvrir la voie à un avenir durable.

Les villes face au changement climatique

Nous sommes à un moment crucial de l’avenir de l’urbanisation. Aujourd’hui, 55 % de la population mondiale vit dans des zones urbaines. Selon les prévisions, elle atteindra 70 % ans les 30 prochaines années. Les villes devront accueillir 3 milliards d’habitants supplémentaires d’ici à 2050. L’urbanisation est une caractéristique de l’évolution actuelle pour les décennies à venir et nous avons une occasion importante de modifier notre façon de vivre par une planification urbaine à long terme et un aménagement urbain plus durable, des règles et des règlements adéquats et une planification financière saine. Une urbanisation bien planifiée est une force motrice et une source de développement qui peut améliorer et changer la vie de milliards de personnes. Bien gérées, les villes sont des moteurs de la croissance économique, de la prospérité sociale et de la viabilité environnementale.

Alors que l’urbanisation crée des possibilités, elle exacerbe aussi les risques, et la vitesse à laquelle elle se développe compromet notre capacité de planification et d’adaptation. Une mauvaise planification des villes et une gouvernance inefficace peuvent entraîner des coûts économiques, sociaux et environnementaux importants, menaçant la viabilité du développement urbain. Il faut donc revoir les cadres institutionnels, politiques, législatifs et réglementaires pour relever les défis posés par l’urbanisation rapide, la croissance démographique, le changement climatique et les risques de catastrophe. L’engagement de toutes les parties prenantes est crucial afin de mobiliser un appui étendu en faveur de la mise en œuvre des politiques. Cela pourrait se faire dans le contexte élargi du développement urbain durable.

Les villes contribuent jusqu’à 70 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, et plus de 75 % de l’énergie totale mondiale produite est consommée dans les villes. Les résidents urbains sont déjà exposés aux effets négatifs du changement climatique et un grand nombre de populations les plus vulnérables vivent dans les villes. Toutefois, ce sont dans les zones urbaines que seront trouvées les solutions à ce défi mondial, que ce soit l’atténuation ou l’adaptation. Les villes ont un rôle majeur à jouer, non seulement parce qu’elles contribuent au changement climatique et en sont les victimes, mais aussi en apportant des solutions et en élaborant de nouvelles approches.

L’action du gouvernement local dans ce domaine témoigne de la détermination accrue des villes à atténuer les effets du changement climatique et à élaborer des plans d’action concernant leur résilience. La planification et le développement urbains devraient être liés à la réduction des émissions issues des grands secteurs urbains, comme les transports, les bâtiments et la gestion des déchets, tout en renforçant les capacités de résistance des systèmes urbains et le cadre bâti pour résister aux effets négatifs du changement climatique et aux risques de catastrophe. Selon le cinquième Rapport d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, « 55 % des terrains des villes seront construits au cours de trois premières décennies du XXIe siècle ». L’infrastructure mise en place aujourd’hui, y compris les bâtiments et les routes, peut avoir un effet durable sur les émissions à effet de serre ainsi que sur la résilience des villes. Celles-ci devront envisager un développement urbain à faibles émissions de carbone et qui permette de résister aux effets des catastrophes afin d’éviter les effets de verrou des modèles et des modes urbains non durables. Ces processus de planification doivent prendre en compte les émissions et les risques différents des villes.

Une meilleure compréhension du problème, les progrès enregistrés en matière de lutte contre le changement climatique ainsi que la gestion énergétique ont une influence sur les modes d’urbanisation. Les principes urbains, tels que la compacité, la connectivité, l’inclusion et l’intégration ainsi qu’une meilleure gestion des risques de catastrophe contribuent à l’adaptation au changement climatique et à l’atténuation de ses effets de même que l’accès aux possibilités de développement durable. Selon le New Climate Economy Report, une évolution en faveur d’une croissance urbaine compacte, d’une infrastructure mieux connectée et d’une gouvernance mieux coordonnée peut « réduire les capitaux devant être investis dans l’infrastructure urbaine de plus de 3 000 milliards de dollars au cours des 15 prochaines années ».

L’importance de l’infrastructure urbaine

Au cours des 20 dernières années, un certain nombre de défis sont apparus dans la planification de l’infrastructure urbaine. Ils comprennent le rythme sans précédent de l’urbanisation et la progression de la précarité, une demande croissante en services, la hausse des coûts unitaires des infrastructures associée à l’expansion des villes, le manque d’investissement dans le remplacement du matériel et les extensions d’infrastructure, une mauvaise gestion et une mauvaise maintenance opérationnelles, une utilisation élevée et inefficace des services par les consommateurs des classes moyenne et élevée, la lenteur de l’élaboration des projets d’infrastructure verte et la distribution inéquitable des services et de l’infrastructure, qui continuent d’exacerber la ségrégation spatiale et socio-économique dans les villes.

En outre, la dépendance continue vis-à-vis de politiques et de modèles commerciaux obsolètes et inappropriés ont été aggravés par les effets du changement climatique sur les services comme l’approvisionnement en eau, la gestion des eaux usées, la production d’énergie hydroélectrique, la gestion des eaux de tempête et la protection contre les inondations.

Certains de ces défis ne sont pas nouveaux, mais leur ampleur et leur complexité ont été aggravés par l’urbanisation rapide, qui a lieu au cours des 20 dernières années, et le manque de gouvernance des infrastructures ainsi que par l’absence de réglementation, ce qui s’est traduit par l’absence d’une planification des infrastructures à long terme fondée sur la demande. La demande croissante en matière de services d’infrastructure est directement liée à la croissance démographique, à la croissance du PIB et à l’utilisation accrue des services liée à l’augmentation des revenus.

L’écart entre l’offre et la demande ainsi que le manque d’accès et de moyens de certains segments de la population aux services et aux infrastructures représentent une lacune majeure des politiques, de la planification et des capacités institutionnelles. La conception sectorielle de la planification, de l’investissement et de la gestion pose aussi un problème, car elle empêche une coordination et une collaboration intersectorielles efficaces et est caractérisée par un manque de compréhension des liens entre la planification des infrastructures et la planification urbaine au niveau municipal.

Les capacités financières et institutionnelles pour gérer les services d’infrastructure urbaine ont été insuffisantes pour répondre à la demande croissante de services. Par exemple, la génération de revenus pour les services, comme la gestion des eaux usées, l’eau et l’électricité, a généralement progressé plus lentement que le coût des services fournis. Des modèles commerciaux plus innovants et plus inclusifs sont donc nécessaires, en particulier des modèles qui peuvent mobiliser plus efficacement des moyens financiers pour l’investissement et qui font appel au secteur privé ainsi qu’aux collectivités pour le financement et la gestion des services.

Les coûts des systèmes d’infrastructure, comme l’approvisionnement en eau et en électricité, l’assainissement et l’évacuation des eaux usées, peuvent être corrélés au mode d’urbanisation, les villes compactes fournissant des solutions économiques plus efficaces aux investissements d’infrastructure. Les modes de consommation inefficaces dans les zones urbaines montrent une consommation excessive d’électricité et d’eau par les ménages à revenu élevé, tandis que de nombreux ménages à faible revenu n’y ont pas accès ou en ont un accès intermittent ou à un coût inabordable.

La mise en place d’infrastructures et de services appropriés et accessibles, à un coût abordable, nécessite une approche holistique pour comprendre, concevoir et planifier des réseaux d’infrastructure et de service ainsi que pour établir un lien solide entre la mise en place d’infrastructures et la planification urbaine. Nous pourrons alors mettre en place un processus efficace de gestion des risques, prendre les mesures nécessaires pour réduire la vulnérabilité et renforcer la résilience des infrastructures.

Chaque ville a des points forts, des points faibles et une vision pour l’avenir. Lorsque nous avons une idée claire de la situation, nous pouvons élaborer une stratégie à long terme et définir des objectifs à court terme ainsi qu’investir dans des systèmes, optimiser les services et trouver de nouvelles possibilités de croissance.

Vers un nouveau paradigme urbain durable

Les villes sont, parmi les créations humaines, les plus complexes. Notre qualité de vie dépend en grande partie de la façon dont elles sont conçues. Investir dans des villes durables, c’est investir dans la viabilité économique, la prospérité sociale et la qualité de l’environnement.

Aujourd’hui plus que jamais, on reconnaît l’importance d’une urbanisation bien planifiée pour le développement. À cet égard, l’adoption récente du Programme de développement durable à l’horizon de 2030 est un pas en avant important, car il reconnaît le rôle vital de l’urbanisation en tant qu’instrument du développement durable. Cela transparaît clairement dans l’objectif de développement durable 11 – Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables – et ses cibles.

Le développement durable des villes doit tirer parti des économies d’urbanisation, réduire les déplacements et renforcer les interactions sociales. Cela peut se faire par l’aménagement de rues et d’espaces publics de qualité, une densité bien maîtrisée, l’utilisation limitée des terres à des fins spéciales, une meilleure connectivité, une meilleure efficacité énergétique et des ressources, une plus grande résilience urbaine ainsi que par des normes et des règlements applicables.

En octobre 2016, les Nations Unies organiseront à Quito (Équateur) une Conférence sur le logement et le développement durable, HABITAT III, afin de revigorer l’engagement mondial en faveur d’une urbanisation durable et de mettre en œuvre un nouveau programme de développement urbain, en s’appuyant sur les cadres solides fournis par le Programme de développement durable à l’horizon de 2030 et les résultats de la COP21.

Habitat III sera une occasion de faire le point sur l’urbanisation mondiale au cours de ces 20 dernières années et d’examiner sa tendance actuelle, en élaborant un nouveau programme urbain et une stratégie de mise en œuvre cohérente à divers niveaux.

Le chemin de la COP21 – avec l’espoir d’un accord important sur le climat – à Habitat III tracera la voie vers un nouveau programme pour l’avenir de nos villes et de la vie urbaine afin de permettre de vrais progrès vers la mise en œuvre du programme de développement global et interdépendant.